Ce parallèle qu'on fait souvent entre la chronicité du diabète et la chronicité de la maladie mentale est tout à fait impropre et parfois même nuisibile. Les personnes atteintes du diabète ne portent pas de stigmate; on ne craint pas les diabétiques. Ces derniers peuvent se sentir libres de parler de leur maladie sans craindre d'être rejetés ou méprisés. J'ai souvent été avisé par des professionnels de la santé de ne jamais mentionner, hors de ma famille, le nom de ma maladie. Quant aux diabétiques, il peuvent mentionner, même à un éventuel futur employeur, qu'ils ont une maladie. Les personnes ayant un trouble schizoaffectif seraient plutôt mal avisées de faire de même.
Le trouble schizoaffectif est un véritable tourbillon: il surgit de nulle part, vous met à nu et vous assèche complètement. Puis il disparaît subrepticement, vous laissant vide et ébranlé mais toujours vivant. Vous vous demandez alors si ce vous ressentez vous est vraiment arrivé, si ça reviendra et quand.
Je survis au jour le jour en disant «non» à bien des gens dans nombre de circonstances afin de me protéger. Ma maladie me rend solitaire, et ce n'est pas une question de choix mais de survie. C'est là une chose difficile à comprendre pour les gens de mon entourage qui interprètent souvent ce retrait social ou mondain comme une attitude antisociale ou, pire, de la paresse.
Extraits divers traduits du Schizophrenia Bulletin, vol.32, num.4, octobre 2006