Présentation:
(extrait de la page d'accueil de Ian Chovil)Bienvenue dans ma page d'accueil ici même, à Guelf, en Ontario (Canada). Je suis atteint de schizophrénie et je suis sous médication depuis 1990, c'est-à-dire depuis que j'habite à Guelf. Je suis âgé de 50 ans [en 2004] et cela fait 33 ans que je suis schizophrène; j'ai vécu 7 ans de symptômes prodromiques, 12 ans de psychose non traitée, et 14 ans de traitement antipsychotique. Entre les années 1980 et 1990, j'ai erré dans un état de psychose invalidante, seul et très pauvre. Finalement, en 1998, j'ai eu des problèmes avec la police et j'ai reçu une sentence de probation de trois ans à condition de voir un psychiatre pendant ces trois années. J'ai été détenu, j'ai été alcoolique actif, j'ai tenté de me suicider et, en 1980, j'ai été sans abri pendant six mois. Mon témoignage illustre ce mélange de biologie et de sociologie qui fait de la schizophrénie une maladie si dévastatrice. Il y a la maladie en elle-même et, aussi, la manière dont nous, en tant que société, traitons les personnes qui en sont atteintes.
Toutefois, il y a de bonnes raisons d'être optimiste. Les nouvelles médications atypiques sont plus efficaces que les anciennes et ont moins d'effets secondaires. L'importance d'une intervention précoce et de la prévention de la rechute est de mieux en mieux reconnue. Et le public s'intéresse davantage à la schizophrénie qui, grâce à des films tels que Un Homme d'exception (A Beautiful Mind), bénéficie d'une image plus positive. Ces trois tendances sont le présage d'une expérience de la schizophrénie beaucoup moins destructrice que celle que j'ai vécue. La psychose est comme une crise cardiaque, elle est un problème de santé sérieux. Vous ne devriez pas en avoir plus d'un épisode au cours de votre vie.
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Les opinions que je partage dans ce site ne sont que mes opinions personnelles et ne reflètent nullement le point de vue des organismes professionnels dont je fais partie. J'aimerais avoir le temps de répondre aux questions que me posent des étudiants par courriel, mais ce n'est pas le cas. Soyez bien aise d'utiliser le matériel que vous jugerez utile dans ce site. Voyez la page des hyperliens pour accéder à d'autres ressources ou d'autres références au besoin.
La schizophrénie peut se manifester de façon soudaine vers l'âge de 18 ans pour les hommes et vers l'âge de 24 ans pour les femmes, ou de façon insidieuse ou progressive. Quant à moi, il fallut 8 ans pour que la schizophrénie me rende incapable de m'occuper de moi-même. Généralement, les symptômes se manifestent d'abord par une perte de concentration [déficit d'attention], ensuite par une perte des habiletés sociales, ensuite par une perte des capacités intellectuelles, souvent ensuite par une intrigante distortion de la réalité qui, en bout de ligne, devient tout à fait terrifiante. À partir d'un certain point, les gens deviennent tout à fait incapables de s'occuper d'eux-mêmes. J'étais plutôt jeune lorsque je perdis mes habiletés sociales. Je vécus ma première relation sentimentale importante à 17 ans, mais celle-ci se détériora graduellement pendant les 4 années suivantes à mesure que s'accrurent les symptômes de la schizophrénie. C'est à cette époque que je laissai tomber les copains avec qui j'avais l'habitude de consommer alcool et marijuana, car ils commençaient à me rabaisser. Ce fut essentiellement un choix judicieux. On peut choisir d'expérimenter les drogues ou de s'engager dans une relation amoureuse. Si vous choisissez cette dernière option, votre vie n'en sera que plus heureuse comme elle l'a été pour moi, pendant quelques années, avec Élizabeth. À l'âge de 16 ans, je me suis classé parmi les trois premiers dans un concours de mathématiques à l'échelle provinciale, et c'étaient là mes deux matières favorites, les maths et la physique. Quand je devins amoureux de Liza, je fis miens ses intérêts c'est-à-dire l'anglais, l'histoire et le féminisme. À 18 ans, je commençai à me désintéresser de toutes matières scolaires mais je m'inscrivis quand même à l'université parce que mon père insistait beaucoup dans ce sens. De l'âge de 16 à 25 ans, j'étais plutôt étrange à l'école et à l'université, et je crus que j'aurais besoin d'une psychothérapie du genre Gestalt ou Rolfing. Dans le cas d'un début insidieux de la maladie, vous perdez graduellement vos amis et vos amours, et parfois même votre famille, à mesure que s'accroissent vos symptômes. Vous pouvez alors devenir sans-abri, complètement seul au monde. C'est ce qui m'est arrivé. Ma mère me dit aujourd'hui qu'elle avait remarqué un changement dans ma vie vers l'âge de 18 ans, que je semblais alors perdre toute volonté de réussir.
Pendant le podrome de la schizophrénie, vous perdez votre capacité de fonctionner dans un environnement compétitif, c'est-à-dire que vous perdez votre capacité de participer à la vie que ce soit dans une relation amoureuse, à l'école, au travail, ou même dans les bars avec des amis. La principale caractéristique de la schizophrénie est une perte de capacité qui, lorsqu'elle se produit pendant la période prodromique, cause une grande turbulence émotive. C'est ainsi que, durant mon cours secondaire [lycée], je décrochai de la société. Je voulus me procurer un terrain quelque part et devenir hippie. Évidemment il fallait de l'argent pour cela et je n'avais pas la capacité d'en gagner. En fait, durant mes dernières années du secondaire, je n'avais plus aucun copain mais seulement quelques copines féministes. L'école expérimentale que je fréquentais ne mettait pas l'accent sur la compétition, n'avait pas d'équipes sportives, et avait deux fois plus de filles que de garçons. N'eût été de ces facteurs, j'aurais probablement échoué mon secondaire et me serait tourné vers les drogues comme je le fis à l'université. L'usage de la drogue, et en particulier de la marijuana, est très fréquent lors d'un premier épisode psychotique. Je me sentais beaucoup plus en confiance quand j'étais gelé. Mais la cause première de mes piètres réalisations à l'école, de la perte de ma copine et de mon incapacité d'obtenir des emplois d'été convenables, était simplement la perte de mes habiletés sociales. Je n'étais fonctionnel nulle part et je décrochai de la société. Je commençai à fumer de plus en plus de marijuana.
Un des indices significatifs de la schizophrénie fut mon incapacité de planifier mon avenir. Je pris des cours universitaires qui semblaient intéressants mais sans aucun but précis. J'étais notamment incapable de m'engager dans une autre relation amoureuse durable. En fait, j'étais anxieux dans toute situation sociale. Je ne crois pas toutefois qu'aucun psychiatre aurait pu diagnostiquer une schizophrénie à cette époque. J'obtins mon bacalauréat en sciences avec deux majeures en biologie et en anthropologie avec mention honorable. Quand je pris conscience que mon diplôme ne débouchait pas sur une carrière, je fis une demande d'admission à la maîtrise à la toute dernière minute et je fus accepté. Je fis parvenir ma demande d'admission dans trois universités différentes mais j'étais à ce point désorganisé que je ne fis parvenir les documents nécessaires qu'à une seule et juste à temps pour y être accepté.
Pendant mon année de maîtrise en Nouvelle-Écosse en 1978, je consultai la clinique médicale de l'Université, car je craignais que ma santé physique allait bientôt faillir. Je croyais que la source d'eau potable de la municipalité était contaminée, car pour moi elle avait un goût métalique. J'étais convaincu que j'allais mourir d'une crise cardiaque. Je croyais que j'avais été empoisonné à la dioxine comme les vétérans du Viêt-Nam qui avaient manipulé l'agent Orange. Ce qui m'inquiétait surtout était d'avoir contracté une forme de syphilis indétectable par les tests habituels de laboratoire. Je croyais avoir été violé par l'héroïnomane qui habitait à l'étage inférieur et que cette forme vietnamienne de syphilis avait évolué dans un sens que les tests standards de laboratoire étaient incapables de la détecter. Je fus référé à un psychiatre et je m'attendais à pouvoir lui parler de Freud et de Carl Jung, peut-être aussi de Gestalt et de Rolphing. Il me prit par surprise en me prescrivant de la Chlorpromazine. Je n'avais jamais entendu dire que les psychiatres pouvaient prescrire des médicaments. Enfin, je fus hospitalisé pendant deux semaines. Moi qui croyais pouvoir trouvé un psychanalyste du genre Woody Allen, au lieu de cela je fus hospitalisé contre mon gré. J'hallucinais sur le fait que Jim Jones, qui avait été à l'origine d'un suicide collectif de 500 personnes, voulait m'inciter à me suicider par voie de télépathie. Je décidai d'abandonner la maîtrise et de retourner chez moi à Toronto mais je n'étais pas sûr de pouvoir faire le voyage en avion; je croyais avoir contracté le diabète pendant ma lutte télépathique avec Jim Jones. Je me rendis à la clinique médicale de l'Université où deux médecins me rencontrèrent et, comme je quittais les lieux, je fus saisis par les épaules par deux hommes qui m'amenèrent en ambulance au département de psychiatrie de l'hôpital local. J'étais confus mais je repris mes esprits aussitôt entré à l'hôpital. Après deux semaines, je reçus mon congé. Malheureusement, aucune mention ne fut faite de schizophrénie ou de psychose ou de la raison pour laquelle j'avais été hospitalisé ni à moi ni à mon père qui était médecin. Je crus que j'avais fait simplement une sorte de dépression nerveuse. Après mon congé de l'hôpital, je rencontrai quelqu'un une fois par mois pendant quelques mois. Je me souviens avoir pris de la Chlorpromazine (je détestais ça) avant d'être hospitalisé et de la Stellazine par la suite. Mon père m'encourageait à prendre ma médication régulièrement mais j'avais peur de cette médication et je ne la pris que pendant une courte période. Personne n'avait mentionné pendant combien de temps je devrais prendre de la Stellazine. Avec le recul que j'ai maintenant, je n'y vois que de l'incompétence partout [malpractice], mais c'était il y a si longtemps.
Mon père me convainquit d'essayer de terminer mon année à la maîtrise même si j'avais envie de tout abandonner. Ce fut, en ce qui me concerne, une année de misère. Je ne terminai jamais certains cours et je fus finalement exclus de la maîtrise. Durant l'été je travaillai à Toronto et durant l'automne à London. Me sentant un peu mieux, je partis vers l'ouest dans l'île de Vancouver, abandonnant la Stellazine. J'abandonnai aussi Debbie que je souhaiterais aujourd'hui avoir mariée. J'eus un ami qui travaillait dans une petite ville de moulin à papier du nom de Crofton mais il déménagea au nord de l'île. Je louai donc un appartement au-dessus d'une taverne d'effeuilleuses, seul une fois de plus avec mes délires et mes hallucinations.
Dans ma rechute, j'eus principalement des délires et de la paranaïoa. Après avoir écrit une lettre à l'éditeur d'un magazine scientifique à propos de l'usage militaire que les États-Unis faisaient de la dioxine en tant qu'arme au Viêt-Nam, je me crus recherché par la CIA. Mes délires s'atténuèrent l'été suivant mais ne disparurent jamais complètement. Je croyais en des choses pour le moins bizarres. À Halifax, je croyais avoir découvert la cause de la deuxième Guerre mondiale. L'épidémie d'influenza de 1918 avait affecté le système nerveux de certaines personnes et avait engendré une montée du fascisme un peu partout. Ainsi la cause de la guerre était un neurovirus. Je croyais que mon professeur de droit à Halifax avait des liens étroits avec des personnes importantes dans le domaine de la politique internationale et leur enseignait ma théorie. Diverses personnalités importantes venaient d'Europe pour rencontrer celui qui avait découvert la cause de la deuxième Guerre mondiale. Par exemple, quelqu'un pouvait venir me voir à Crofton pour me parler des cyclomoteurs et je croyais que cet homme était le président de Motobecane, la plus grande manufacture mondiale de cyclomoteurs. Certaines personnes semblaient me connaître avant même que je me sois présenté, et les gens du village de Crofton semblaient rire de moi. Je me souviens que, un jour, la caricature politique du journal local semblait me concerner. Les automobilistes qui me prenaient en autostop semblaient savoir qui j'étais.
Au printemps 1980, je quittai Crofton sous la pression des gens du village qui exigeaient que je me trouve un travail. Je pris l'autocar sans aucune destination précise jusqu'à ce que l'argent vînt à manquer. Je fis habituellement de l'autostop principalement en Alberta et en Colombie britannique, quittant mes emplois dès la perception de mon premier chèque de paie, car je trouvais trop difficile de travailler avec les autres. Ceux-ci se moquaient de moi et me tournaient en dérision. Je repartais donc en autostop. Je me sentais poursuivi partout par un vétéran de la deuxième Guerre mondiale qui voulait que je me fasse une idée et que je m'engage dans l'industrie de la construction, comme il l'avait fait lui-même après la guerre. Il était reconnaissant que j'aie découvert la cause de la deuxième Guerre mondiale, car il n'en avait jamais eu aucune idée avant d'entendre parler de ma théorie; il s'était battu avec distinction durant la guerre. J'essayais de le fuir constamment car il voulait que je travaille dans la construction, mais il avait des amis partout. Je dormais dans des parcs municipaux, le long des routes et dans des auberges pour hommes. J'étais sans abri et souvent sans le sous.
Je me souviens avoir couché un soir dans une auberge pour hommes de Calgary. Ayant très peu mangé depuis plusieurs semaines, j'était très faible. Je croyais que j'étais incapable de travailler à cause d'un empoisonnement à la dioxine qui affectait mon équilibre cortico-hormonal et qui rendait le travail trop stressant. Des lamas bouddhistes du Tibet lisaient dans mes pensées partout où j'allais dans Calgary; ils étaient respectueux mais curieux, car j'avais causé l'éruption du mont St. Helens quelques mois auparavant grâce à la méditation tantrique. Ce faisant, j'avais enlevé de la pression sur les plaques continentales et j'avais ainsi empêché que San Francisco ne fût engloutie dans la mer. Les Tibétains me communiquaient par télépathie que je pourrais peut-être devenir le premier saint bouddhiste occidental, à l'instar de Milarepa, le saint favori du Tibet.
Je ne pense pas aujourd'hui que je comprenais ou croyais ce qui m'arrivait, mais j'étais déterminé à ne pas m'avouer vaincu et à retourner chez mes parents. Il me semblait que j'avais des amis tout-puissants qui voulaient que je me tire d'affaire en me tirant par les lacets de bottine. À peine deux ans auparavant, j'avais été étudiant à la maîtrise où je m'étais fait un nouvel ami, David Rae; lui et moi discutions de politique internationale en regardant les nouvelles au réseau CBC dans un bar de la région. Le frère de David, Bob Rae, devint plus tard premier ministre de l'Ontario.
À la fin de l'automne, je me retrouvai à Victoria, poussé vers la sud à l'approche de l'hiver. Il y avait six mois, ou à peu près, que j'étais sans abri. Voilà que j'étais capable de payer un loyer et je restai là pendant quatre ans. Je me mis à étudier le bouddhisme tibétain et je trouvai refuge auprès du lama qui habitait là, Tashi Namjyal. Je le croyais détenteur de toutes sortes de pouvoirs surnaturels de l'esprit tels que la télépathie et la télékinésie. Lorsque quelqu'un scrute constamment vos pensées sans y être invité, c'est une terrible intrusion dans la vie privée. Je croyais qu'il contrôlait même mes rêves la nuit. Il me dit, dans son anglais laborieux: «toi spécial» et je crus qu'il voulait dire que j'avais une capacité naturelle de devenir un très puissant moine tantrique comme lui. Il était l'équivalent d'un professeur universitaire dans le système monastique tibétain. Ayant été célibataire toute sa vie, il était très anti-sexe et j'avais l'impression qu'il interférait chaque fois que j'adressais la parole à une fille. Il n'aurait jamais permis à aucun de ses étudiants d'avoir quelque relation sexuelle que ce soit sinon avec le dharma; mais il est probable que vous ne veuilliez pas savoir de quelle façon les Tibétains pratiquent le célibat selon la tradition tantrique.
J'avais consulté plusieurs médecins de famille pour mes problèmes de santé physique dont l'empoisonnement à la dioxine semblait être la cause. Je croyais que cet empoisonnement était aussi la cause de mes problèmes d'adaptation mais les médecins de famille ne se rendaient jamais compte de ce qui m'arrivait. C'est ainsi que je cessai de les consulter et au lieu de cela je crus que ce lama bouddhiste du Tibet serait capable de m'aider. Je me rendais bien compte que quelque chose allait vraiment mal mais je n'avais aucune idée de ce que ce pouvait être.
Je perdais graduellement contact avec la réalité, je demeurais dans une extrême pauvreté, et j'étais tout à fait misérable. Je me souviens m'être procuré une carabine de la deuxième Guerre mondiale pour faire plaisir au vétéran [dont je vous ai parlé], j'étais assis dans ma chambre dans un sous-sol, le canon dans la bouche à me demander si je ne devrais pas tirer la gachette. Je commençai à croire que Tashi Namjyal était un démon puisqu'il était célibataire et anti-sexe; et je percevais des messages dans les chansons des Beatles dont je croyais qu'ils provenaient du Yogi Maharishi Mahesh et qu'ils m'incitaient à partir. Et c'est ce que je fis. Je croyais qu'une guerre secrète faisait rage entre deux groupes, chacun ayant des pouvoirs surnaturels, une guerre qui déciderait du sort de l'humanité. Je nommai les uns Pro-Sexe et les autres Anti-Sexe, car les pouvoirs tantriques provenaient de la sexualité. Si les Anti-Sexe gagnaient cette guerre secrète, l'humanité s'auto-détruirait dans une guerre atomique qui fracasserait les plaques continentales. Le feu et le souffre feraient s'évaporer les océans et toute vie disparaîtrait de la planète. Un jour, sans rien dire à personne, je mis mes bagages dans mon vieux tacot et je repris la route.
Seulement m'éloigner de Victoria était déjà un miracle en soi. Mon mauvais karma me torturait à tel point que je ne pouvais plus m'éloigner de Tashi Namjyal; j'avais même comploté pour l'assassiner avec la carabine que je possédais. J'étais torturé mais je n'avais aucune preuve à présenter à la police. Parce que le lama pouvait lire dans mes pensées, je ne réussirais jamais à l'assassiner; il saurait toujours à quel moment la balle allait partir. Et j'étais incapable de quitter les lieux. À partir de copies d'un article qui avait paru le Bulletin of Atomic Scientists, je finis par convaincre un de ses étudiants favoris que le sexe était bon pour l'humanité. Tashi Namjyal en fut tellement aigri que j'obtins ainsi ce qu'il me fallait pour partir.
Je ne me souviens pas de tout ce que j'ai fait dans l'ouest. Je me souviens toutefois d'avoir été tout à fait misérable et solitaire, m'identifiant à tort à Milarepa, ce saint tibétain qui passa la plus grande partie de sa vie dans une grotte à se nourir de la végétation environnante. Il avait un mauvais karma et il en souffrit toute sa vie. La tradition tantrique, parfois appelée le Sentier de la main gauche, est absolument fascinante. Je consacrerais ma vie entière, si je le pouvais, à l'étude du Sentier de la main gauche. Je me fous de savoir si j'acquerrai jamais les pouvoirs tantriques; j'aimerais seulement me documenter sur leur origine indienne. On retrouve ces pouvoirs de l'esprit humains dans toutes les cultures connues, mais c'est seulement en Inde qu'ils fleurirent vraiment. Au neuvième siècle, ces pouvoirs surnaturels furent presque considérés comme un élément naturel de la société. Le bouddhisme tibétain intègre un célibat tantrique dans ses enseignements et je crois qu'il a survécu parce qu'il est également extrêment religieux. J'étais en extase devant les temples érotiques de l'Inde comme Konarak, et j'étais déterminé à adhérer au tantrisme et aider le monde à redécouvrir les pouvoirs supranormaux de l'esprit dans la sexualité. Je me demande même aujourd'hui encore pourquoi ces pouvoirs ont disparu. Le Sentier de la main gauche, qui me fascine tant, est maintenant considéré comme le sentier de la noirceur et du mal, comme notre sorcellerie, alors que, en fait, les deux étaient probablement une pratique religieuse résiduelle et neutre; une croyance qui a probablement été conquise par une autre religion, comme le christianisme, et a été persécutée jusqu'à disparaître.
À Toronto en 1985, je fus sans abri pendant quelques mois, logeant dans ma voiture. Je me fis mettre à la porte de quelques maisons de chambre parce que j'y volais de la nourriture. Je me trouvai enfin un travail à changer les ampoules brûlées dans un magasin à grande surface. Je détestais ce genre de travail et je m'enfuis à deux reprises en Angleterre et en Jamaïque dans l'espoir d'y être accueilli personnellement par Maharishi. Lorsque des terroristes firent éclater une bombe dans un avion au-dessus de Lockerbie en Écosse, je crus qu'il s'agissait d'un attentat contre moi. Je partis aussitôt pour l'université de Maharishi (qui n'en était pas une) en Angleterre; mais Maharishi n'y était pas et je revins la même fin de semaine. Je visionnai un film intitulé Oedipus Rex sous la direction de Passolini et je repartis aussitôt pour la Jamaïque toujours dans l'espoir d'y rencontrer Maharishi. Je recherchai les Champs de fraises mentionnés dans la chanson des Beattles et il y en avait deux en Jamaïque. Ce fut un voyage mémorable. J'épuisai mon budget au bout d'une semaine et je me rendis au mauvais Champ de fraises. J'appris toutefois la valeur réelle de l'argent.
Entre les années 1980 et 1990, j'eus très peu d'amis ou de maîtresses et très peu de contacts avec mes parents. Ces derniers avaient déménagé aux États-Unis alors que j'étais à Victoria et je ne racontai jamais à personne ce qu'il advenait de moi. La maison de chambres où j'habitais était infestée de coquerelles mais je m'en accomodai n'ayant pas conscience qu'un peu de Diazinon règlerait rapidement le problème. Je croyais fortement avoir pour mission de sauver l'humanité au lieu de me sauver moi-même et, dans ma pauvreté, je croyais que la surpopulation était la cause de toutes les souffrances de ce monde. Ma solution consistait à hybrider le virus du sida avec celui du rhume commun et d'éliminer ainsi 3 à 4 milliards d'individus.
Je recevais de nombreux messages dans les chansons de Rock-and-Roll, dans les films, dans les dessins animés et dans les livres. La bibliothèque était devenue mon amie personnelle, la seule qui pouvait me dire ce que j'avais besoin de savoir en m'ouvrant l'esprit et me faisant trouver les informations que je cherchais. Quelqu'un me menait comme une marionnette vers les livres qui me convenaient. Mieux encore, quelqu'un était familier avec tous les livres dans toutes les bibliothèques que je fréquentais. Aucun être humain n'aurait pu en faire autant. Quand je vis une image de saint Jean le Baptiste pointant un doigt vers le ciel, je sus que nous recevions tous les deux des messages de la même source. Je commençai à croire que j'étais en contact avec des étrangers venus de l'espace. Il y eut d'abord deux sortes de messages. L'holocauste nucléaire qui briserait les plaques continentales et feraient s'évaporer les océans ne pourrait pas être évité. Les étrangers avaient construit dans l'espace une boîte qui serait l'arche de Noé. C'est ce que je découvris dans l'Apocalypse. Je vivrais donc dans une boîte dans l'espace avec une femme que les étrangers avaient conçue comme moi, puisque la vie était apparue sur cette planète. Elle avait une peau bleue foncée comme le dieu hindou Krishna et nous allions avoir des enfants qui seraient bleu turquoise. Nous serions les seuls survivants de l'Armaguédon et nous propagerions l'espèce. Seulement des filles pourraient être des jumelles identiques et elles seraient capables de se féconder l'une l'autre d'une seule goutte issue de leurs nez longs et amusants. Je serais le dernier survivant mâle mais je vivrais des miliers d'années.
Je croyais que c'était là mon unique destinée et je recevais des messages partout où j'allais. J'entendis des voix à plusieurs reprises mais je fis surtout l'expérience de la télépathie. J'eus ce qu'on appelle des «idées de référence» où les choses semblent avoir une signification particulière uniquement pour vous. Ainsi, un numéro de plaque d'immatriculation au hasard pouvait devenir un message important et approprié pour moi de la part des étrangers.
Il se produisit alors un désastre. Revenue Canada me réclamait 5000$ en impôts non payés et je devenais alcoolique à boire la bière John Courage qui avait été conçue spécialement pour moi. J'avais besoin de tous mes sous pour me procurer de la bière et, dans les «discussions» que j'eus avec Revenue Canada, on m'assigna un genre d'officier de police à qui je donnai le nom de David. Au bout de ce désastre, David se rendit compte qu'il était lui-même destiné à être enfermé dans l'espace, dans une boîte qui contiendrait l'océan et que, quant à moi, je deviendrais un étranger et j'aurais la vie éternelle. Je serais capable de voyager dans le temps comme les étrangers et mon compagnon ne serait rien de moins qu'un professeur d'anthropologie à temps partiel à l'Université de Toronto. Pour les étrangers, la sexualité importait tout autant que l'intelligence et ils en étaient venus à faire toute chose avec leur esprit sans aucune machine. Je crus qu'ils étaient en train de brancher mon système nerveux sur l'expérience de la douleur de manière à ce que tous les neurones soient actifs, de manière à ce que je puisse faire l'expérience d'un plus grand plaisir en tant qu'étranger. Une fois je leur demandai si une machine ne pourrait pas exécuter le processus avec moins de douleur et je me souviens de les avoir entendu rire: «Des machines... Ian, mais nous n'avons pas de machines.»
Mes délires prirent un autre tournant quand les étrangers m'apprirent la vraie nature de la réalité. Je vis le titre d'un livre «3791» qui me sauta aux yeux dans une librairie, un livre écrit par nul autre que Nostradamus et je compris le message. J'eus 37 ans en 1991 et c'est alors que je deviendrais un étranger.
Je voulais garder un souvenir plus réel de mon passage sur terre que celui d'une maison de chambres infestée de coquerelles et il me restait encore trois ans à vivre avant de devenir un étranger. Un soir, les étrangers s'entendirent pour transférer mon esprit dans le corps d'un homme riche qui vivait sur la Riviera française, et cela correspondait à l'idée que je me faisais du paradis. J'achetai une bouteille de champagne pour célébrer et je trépassai dans le salon, m'attendant de me réveiller dans le midi de la France. Je fus furieux contre les étrangers lorsque je m'éveillai dans mon corps, dans cette maison infestée de coquerelles, et je me mis à casser les fenêtres, à arracher les portes de leurs charnières et à les lancer par les fenêtres. La police accourut rapidement et procéda à mon arrestation; je passai quelques nuits en prison. Le juge réalisa que j'étais un cas de psychiatrie car je portais sur moi un canif pour me protéger des homosexuels. L'homme le plus puisant du monde était homosexuel et il allait essayer de me transformer en homosexuel en me faisant violer par un gang d'homosexuels. À cette époque, Maharishi était devenu mon second pire ennemi. Je croyais que les deux savaient tout à propos de la fin du monde et de ma destinée avec les étrangers; alors ils voulaient prendre ma place. J'appris beaucoup à ce sujet dans les films que je visionnais en soirées tel que Alien, bien que dans ce cas l'étranger fût un être humain, c'est-à-dire l'homme le plus puissant du monde. Voilà, j'imagine, à quel point vous pouvez devenir paranoïde. En cour toutefois, je ne fis allusion à rien de cela. Méfait public et port d'une arme blanche me valurent 1000$ d'amende.
Personne ne s'interrogeait pourquoi j'avais fait ce que j'avais fait. J'obtins trois années de probation à condition que je vois un psychiatre durant ces trois années. Cependant, les psychiatres sont des humains, et moi j'étais presque un étranger; ils n'auraient donc rien compris à ce qui m'arrivait et je ne leur dis rien. J'allais à mes rendez-vous pour ne pas aller en prison.
La prison fut tout un choc pour moi. J'étais tellement furieux contre les étrangers que j'essayai de les forçer à me donner un nouveau corps en tuant celui dans lequel j'étais à ce moment-là. J'achetai plusieurs bouteilles de vodka, je les ingurgitai comme de l'eau et je trépassai sachant que des gens mouraient d'une surdose d'alcool ou d'un empoisonnement éthylique. J'attrapai une pneumonie mais je survécus et je décidai que les étrangers ne me laisseraient pas mourir, qu'ils me laisseraient plutôt souffrir jusqu'à ce que le temps soit venu de partir.
Bien que je m'abstins de toute boisson alcoolisée pendant quelque temps, je finis par recommencer à boire lourdement parce que j'en avais les moyens. Il faut beaucoup d'argent pour alimenter n'importe quelle addiction [assuétude], mais pour l'alcool, 11$ l'heure est suffisant, attendu que vous n'avez aucun autre intérêt. Au départ, je bus pour le houblon dont je croyais qu'il était une médication contre le célibat. Mon comportement devint de plus en plus bizarre et je fus congédié de mon travail. De l'assurance-emploi, j'aboutis à l'aide sociale, fabricant ma propre bière dans des chaudières de plastique et mangeant dans les soupes populaires.
Psychotique avec symptômes positifs, je vécus de nombreuses émotions extrêmes. En fait, il est étonnant que je n'aie pas été en contact avec la police avant cette période. Je peux dire que je n'ai jamais frappé personne mais je me rends compte que j'en suis venu tout près; je vécus une peur extrême plus que tout autre chose. Je suis d'une nature serviable et je ne me suis jamais battu avec personne. Des gens que je connus à Guelph avaient fait l'expérience d'abus verbaux et physiques de la part d'un membre de leur famille avant que celui-ci ne soit traité. Je me souviens avoir pensé mourir du célibat et je détestai les femmes pendant quelques années même si j'avais passé mon adolescence uniquement avec des amies féministes et que j'étais convaincu que les femmes étaient le sexe supérieur. La schizophrénie peut vous amener à faire des choses qui ne sont généralement pas de votre tempérament. Le docteur E. Fuller Torrey affirme qu'on peut prédire la violence dans la schizophrénie par les trois facteurs suivants:
- des antécédents de violence;
- des abus de substance;
- une absence de médication.
Je détruirais d'abord ce que je possédais, comme ma guitare, n'ayant guère d'autres choix. Je fuyais la compagnie. Je me souviens de m'être assis sur le bord d'une fenêtre d'un sixième étage; j'aurais voulu sauter dans le vide mais je savais que les étrangers m'attendraient au bas avec un camion empli de matelas juste au moment où je sauterais. Et quand je vis apparaître un camion de ce genre quelques semaines plus tard, j'eus la confirmation de ce que je pensais. Après avoir perdu mon emploi, je m'attendis de gagner à la loterie, mais tel ne fut pas le cas et je ne comprenais pas pourquoi. Sans emploi, je consommais ma bière-maison tous les jours. Les autres chambreurs de la maison où j'habitais se mirent à tirer des lignes d'héroïne dans la cuisine. J'étais désespérément pauvre à cette époque, je me voyais devenir sans abri et dormir sur les bouches d'aération. Je ne croyais pas qu'il fût nécessaire de vivre une telle expérience pour devenir un étranger. J'eus quelques blancs de mémoire suite à l'alcool que je consommais et je commençai à avoir peur de l'alcool. Je m'éveillai fréquemment dans des endroits étranges. Un des co-chambreurs m'ayant agressé avec une chaîne, j'eus besoin de points de suture au-dessus d'un oeil. J'étais trop désorganisé et trop pauvre pour songer à déménager. Il me semblait que mon esprit s'affaissait dans l'hémisphère gauche de mon cerveau, [moi, et un cerveau droit, à peine si je savais qui était dans une douleur intense et devenait par trop exigeant, et un dinosaure ou un cerveau central très puissant et en colère contre moi.]1 Il me fallut beaucoup de temps pour désapprendre et, même 16 ans plus tard, je pense que les deux hémisphères de mon cerveau sont complètement déconnectées l'une de l'autre. C'est de la folie, je sais, mais je ne peux pas m'empêcher d'y croire. Je consentis à être hospitalisé en psychiatrie pour mon alcoolisme. L'hospitalisation fut un moyen facile de sortir d'une situation plus que terrifiante. C'était vers la fin de ma période de probation de trois ans.
Je ne sais pas à quel point ce phénomène est répandu mais, lorsque vous confiez votre vie à des forces extérieures très puissantes, pour lesquelles vous êtes un être trés spécial, vous souffrez plus que toute autre personne sensible. Je confiai ma vie au bouddhisme tibétain jusqu'à ce que je ne puisse plus supporter la souffrance; je m'abandonnai ensuite au tantrisme et au yogi Maharishi Mahesh, lequel était lui aussi célibataire, et je souffris. Les étrangers me convainquirent que l'expérience de la souffrance était nécessaire pour devenir un étranger. Aujourd'hui, je suis plutôt anti-religion et je sais que seulement des personnes réelles peuvent se soucier d'autres personnes réelles.
À mesure que je devins sobre, mes délires s'atténuèrent considérablement et je pris conscience que je n'avais aucune preuve concrète de l'existence des étrangers ou de ma femme imaginaire. Je pris conscience aussi que je ne pouvais pas faire confiance à des étrangers pour prendre soin de moi. L'hôpital était comme un lieu de villégiature avec trois repas par jour, des sports et une vie sociale, et je ne voulais pas en recevoir mon congé. J'aménageai dans une chambre dans un sous-sol à Guelph et je commençai à prendre des neuroleptiques à une dose de maintenance. C'était en 1990. Il me fallut cependant plusieurs années pour comprendre et croire vraiment que j'étais schizophrène. J'étais sûr d'avoir été mal diagnostiqué et j'aurais préféré avoir un trouble bipolaire de manière à pouvoir me comparer à des gens célèbres. Je voulus, à quelques reprises, renoncer à la médication mais les psychiatres furent fermes à ce sujet. La médication ne semblait pas faire effet, il n'y avait donc aucune raison de ne pas la prendre. J'avais épuisé toutes les options et cela semblait rendre mon psychiatre heureux.
Je fus dépressif et très lourdeau pendant plusieurs années. Je ne faisais pas grand-chose et j'étais très anxieux. Je vécus dans des sous-sols, j'eus peu d'amis et très peu de contacts avec quiconque. À cette époque, je voyais un psychiatre en clinique externe environ une fois par mois. Je ne crois pas que j'aurais pu éviter ces périodes de dépression. Les anti-dépresseurs s'avérèrent peu utiles, ce qui suggère qu'il ne s'agissait pas d'une véritable dépression. Étant très anxieux et n'ayant rien à faire et personne avec qui échanger, j'avais une très piètre estime de moi-même. Mon humeur finit par s'améliorer tant soit peu, je me fis quelques amis et devins plus actif. Enfin je fis un peu de bénévolat, je connus Rosemary et je me mis à la courtiser. Je commençai à travailler pour me faire un peu d'argent de poche; je fis la distribution de dépliants et finalement de journaux. Rosemary et moi aménageâmes dans l'immeuble à logement où je distribuais des journaux. Nous partageâmes un 4 1/2 (deux chambres à coucher) pendant 16 mois jusqu'à ce que le gouvernement provincial modifie les règlements de cohabitation; l'appartement devint alors trop dispendieux.
Ma qualité de vie s'est amélioré un peu plus chaque année au cours des quatorze dernières années. Je ne peux pas trop me plaindre mais de temps à autre je sens vraiment les pertes que je subis. La vie est une suite d'occasions à mesure du vieillissement, et je les ai toutes manquées. Ce n'est que au cours des dernières années que je peux dire que j'ai été capable d'être tant soit peu productif. Auparavant, je fus plutôt malheureux et je n'eus guère de bons sentiments pour moi-même.
Mon amie Susan me dit qu'il y a deux catégories de personnes. Vous montez à bord d'un avion qui doit vous amener à Hawaï mais, au lieu de cela, l'avion atterrit en Sibérie. Susan choisira plutôt l'Arizona en guise de destination alternative. Ou bien vous pouvez apprendre à apprécier la Sibérie, ou bien vous pouvez rester amer toute votre vie de n'avoir pas pu atterrir à Hawaï. Ces derniers temps, la Sibérie s'est avéré plutôt agréable. Je ne sens pas le «vide» dans ma vie comme c'est le cas pour bien des gens ordinaires. J'ai un tas de souvenirs désagréables où j'ai fait des choses que je regrette aujourd'hui. Il est difficile de distinguer ce qui appartient à la schizophrénie de ce qui m'appartient. Je crois qu'il importe pour moi de me centrer sur ma vie d'aujourd'hui autant que possible et de ne pas m'attarder dans le passé. Je sais que je suis un chic type et je commence à être fier de mes réalisations et de mon individualité. Personne n'a une histoire exactement semblable à la mienne et c'est là une chose précieuse en soi.
En 1996, j'assistai à une conférence internationale sur la schizophrénie commanditée par la compagnie Eli Lilly. Je fus erronément inscrit à l'hôtel sous le nom de docteur Chovil. Le lendemain à la conférence, dans mon veston sport et ma chemise blanche, je n'étais qu'un psychiatre parmi les autres et ce fut une impression plutôt agréable. C'est là la vie que j'aurais dû mener. Mais le premier conférencier à prendre la parole fut le docteur Weinberger, chercheur de réputation mondiale dans le domaine de la schizophrénie, et il comparait la recherche des causes de la schizophrénie à la recherche de la cause de l'écrasement de l'avion de la TWA qui faisait les manchettes à cette époque. On n'avait aucune preuve qu'il s'agissait d'une bombe. Essayer de comprendre ce qui s'est passé à partir des seules pièces de métal tordu et éparpillées au fond de la mer était tout un problème. Pendant les trois jours que dura la conférence, je devins déprimé en prenant conscience que cette image était tout à fait appropriée dans mon cas. Je n'ai pas assisté à la troisième journée. C'était juste un peu trop de la réalité en un seul coup.
Cette conférence fut d'une grande importance pour moi. J'y appris beaucoup. Un peu de connaissance en biologie et en anthropologie est tout à fait approprié pour la compréhension de la biologie et de la sociologie d'un processus morbide tel que la schizophrénie. C'est vraiment une maladie fascinante, très complexe, très subtile, très énigmatique et malheureusement souvent très destructrice. Ma vie s'est améliorée progressivement ces dernières années grâce à la médication. Je suis satisfait de mon rétablissement tel qu'il se présente aujourd'hui. Je me sens tout à fait unique. Je deviens de plus en plus sociable, et je réussis mieux que je n'aurais jamais pu l'imaginer. Je commence à prendre confiance en moi, confiance que j'avais perdue quand je pris conscience à quel point je m'étais illusionné durant toutes ces années.
S'il vous intéresse d'en savoir davantage à propos des quatorze dernières années de ma vie, je vous suggère de parcourir les chapitres suivants: Meaningful Activity (mis à jour récemment) et Recovery (qui reflète ma vision du rétablissement). Le chapitre concernant la médication (Medication) est exhaustif mais je ne suis familier qu'avec les médicaments disponibles au Canada. Je m'intéresse particulièrement au Prodrome depuis quelque temps et à l'intervention précoce (Early Intervention), mais les deux sont étroitement liés à la prévention de la rechute (Relapse Prevention).
Titre original: The Experience of Schizophrenia, A Brief History
1 NdT: passage incohérent et difficile à comprendre.
Les Schizophrènes anonymes
www.pelerines.org/sa/saliens.html