Les Étapes | Lignes de conduite
Les Schizophrènes anonymes ont un programme de rétablissement en Six Étapes et nous croyons que notre adhésion à ces Étapes contribue à nous sortir de la schizophrénie et des troubles qui y sont associés. Même si parfois nous serions portés à le croire, il ne s'agit pas de magie. Pour plusieurs d'entre nous, les choses vont mieux lorsque nous acceptons ces Étapes, et le message que nous adressons à ceux qui souffrent encore en est un d'espoir.
Le programme des SA nous suggère de pardonner aux autres et de nous pardonner à nous-mêmes, de renoncer à nos idées fausses, d'endosser des valeurs spirituelles, et de prendre d'autres mesures affirmatives dans ce sens. En cours de route, notre croissance s'effectue d'une manière qui n'aurait pas été possible si nous n'avions pas été affligés de cette maladie. Et, pour certains d'entre nous, l'évolution de la maladie peut devenir une bénédiction.
Comment cela est-il possible? Les personnes affligées de schizophrénie sont amenées à aller davantage au fond des choses et à se poser des questions que d'autres n'ont jamais été amenés à se poser. Quiconque souffre de schizophrénie se demandera peut-être pourquoi il ou elle a des hallucinations et des idées étranges, ou pourquoi il ou elle doit être interné(e) en psychiatrie, ou pourquoi il ou elle doit absorber de fortes médications neuroleptiques (anti-psychotiques). Mais, au-delà de ces questions, le processus de rétablissement résulte souvent en un approfondissement de soi.
Le programme des SA n'a pas la prétention de détenir toutes les réponses, mais les Étapes abordent, effectivement, les difficultés de la personne atteinte et les problèmes associés à cette maladie. Ces Étapes, une fois acceptées, contribuent à aider les membres des SA à s'élever au-dessus de la schizophrénie.
Nous encourageons d'éventuels membres des SA à s'engager dans ces Étapes à leur propre rythme. Au cours des réunions, il leur sera suggéré de choisir une Étape qui leur convient dans le moment présent et, avec le temps, un rétablissement observable finira par se produire.
Il n'est pas évident d'accepter que nous avons une maladie mentale, en particulier la schizophrénie et les troubles qui y sont associés. Et même encore, c'est un autre obstacle à franchir que de l'admettre devant un groupe. Pourtant, si nous voulons nous rétablir dans ce programme, nous devons accepter que nous sommes malades afin de rompre le déni qui fait obstacle à notre intégrité.
Comment les membres éventuels peuvent-ils savoir s'ils sont schizophrènes ou s'ils ont une maladie qui s'apparente à la schizophrénie? Parfois ils l'apprennent par le biais d'un diagnostic médical. Mais souvent ils manifestent des symptômes évidents qui s'apparentent à la schizophrénie. Ils entendent des voix que d'autres n'entendent pas, ils se prennent pour des élus, ils se croient persécutés, etc. Ils ont un discours incohérent, ils sont apathiques, ils croient qu'on parle d'eux, ils croient à la transmission de pensées, etc., ce sont là d'autres symptômes de la schizophrénie.
Si les personnes qui manifestent de tels symptômes sont incapables d'admettre qu'elles sont schizophrènes, la première étape à franchir est d'admettre qu'elles ont au moins des symptômes qui s'apparentent à la schizophrénie. C'est déjà là un grand soulagement pour les futurs membres.
Une fois les symptômes acceptés et admis, le groupe est d'un grand soutien. Nous encourageons les membres éventuels à ne pas voir cette capitulation comme une défaite mais plutôt comme un défi à relever sur la voie du rétablissement.
Bien des personnes affligées de schizophrénie ne sont pas conscientes qu'elles peuvent faire des choix en rapport avec leur maladie. Les membres de longue date des SA encouragent les nouveaux arrivants à prendre conscience des choix qu'ils peuvent faire. Le premier de ces choix consiste à décider consciemment d'être bien dans sa peau.
Décider d'être bien dans sa peau, cela peut vouloir dire de collaborer avec un psychiatre ou un thérapeute, d'écouter ce qu'ils ont à dire, et de suivre leurs conseils. Un autre choix consiste à reconnaître qu'on a besoin d'une médication utile à de nombreuses personnes affligées de schizophrénie. Faire le choix d'être bien dans sa peau peut aussi requérir du patient qu'il ou elle reconnaisse que, au cours de son cheminement, il y aura possiblement une ou des rechutes qui nécessiteront une ré-hospitalisation.
La décision d'être bien dans sa peau ne signifie pas nécessairement la même chose pour tous. Les personnes schizophrènes «internées» en psychiatrie ne sont pas vraiment responsables de leur maladie, et elles sont à ce point accablées par leurs symptomes (les voix par exemple) que leurs choix sont limités.
Même là, les SA encouragent ces personnes à faire de leur mieux, compte tenu des circonstances, et à faire les choix [s'il en reste!] qui influeront sur leur avenir. Il peut s'agir pour elles d'éviter les comportements qui les mèneront éventuellement en séclusion ou à se faire imposer le gilet de rétention [la camisole de force!]. Nous suggérons à ces personnes des comportements susceptibles de leur mériter une permission à l'interne (permission de circuler à l'intérieur de l'hôpital) ou encore une permission à l'externe (permission de déambuler sur les terrains de l'hôpital).
Un des principes des Schizophrènes anonymes consiste à dire que, même si nous ne sommes pas responsables de nos symptômes, nous sommes responsables de ce que nous en faisons. Ceux et celles qui sont prêts à assumer cette responsabilité connaissent la satisfaction d'une plus grande maîtrise de leur vie et de leur avenir.
Quiconque devient membre des Schizophrènes anonymes se doit de rechercher en son fors intérieur les qualités personnelles à mettre à son profit. Nous croyons que chacune et chacun d'entre nous ont en eux-mêmes les forces nécessaires pour surmonter leurs difficultés. Il peut s'agir d'une foi profonde et durable, d'une attitude affectueuse, d'une curiosité intellectuelle, d'un talent particulier à mettre au service de la communauté, ou encore simplement d'une grande détermination à se rétablir de la schizophrénie.
Une connaissance de ses ressources intérieures peut être utile sur une base quotidienne à toute personne aux prises avec les symptômes de la schizophrénie. En acceptant la Troisième Étape, nous disons tous: «Je crois en moi et je suis capable de m'améliorer.» C'est là parfois une véritable volte-face pour des personnes dépressives ou de peu d'estime d'elles-mêmes à cause d'une maladie mentale.
Nous devons toutefois avoir une perception juste de nos forces intérieures. Notre perception de nous-mêmes doit demeurer réaliste et dépourvue de toute idée délirante. Nos ressources personnelles sont suffisamment impressionnantes, nous n'avons pas à y ajouter des valeurs surfaites.
Finalement, une fois que nous avons avons tiré partie de nos forces intérieures pour nous aider nous-mêmes, nous nous tournons vers les autres pour leur transmettre le message d'espoir des SA. Curieusement, lorsque nous nous tournons vers d'autres personnes schizophrènes, nous nous trouvons à renforcer notre propre rétablissement. Cette sorte d'aide désintéressée n'a pas pour effet de nous donner de l'importance, mais plutôt de valoriser les nouveaux arrivants en quête, à leur manière, d'une façon de se sortir de la schizophrénie.
Le pardon est un choix qui nous permet de cicatriser nos blessures émotives et nous donne la capacité de noyer une colère qui autrement peut nous détruire. Nous pouvons tous, si nous le voulons, dresser une liste des personnes qui nous ont blessés. Certains de ces fantômes de notre passé ont parfois encore des visages marquants et, sans le vouloir, nous pouvons revivre les peines qu'ils nous ont causées. Suivent alors souvent la colère et le ressentiment.
Afin de nous rétablir, nous devons mettre fin à cette amertume face au passé. Selon un certain leader religieux, «La meilleure façon de tout perdre est de rester en colère.» Le fait d'entretenir de vieilles rancunes ne fait qu'accroître nos souffrances et nous empêche de nous épanouir en des personnes entières. Quand nous éprouvons des difficultés à pardonner aux autres, une approche spirituelle réussit souvent là où d'autres approches sont inefficaces.
Il est parfois plus facile de pardonner aux autres que de nous pardonner à nous-mêmes, surtout lorsque nos épisodes schizophréniques ont donné lieu à des comportements bizarres ou abusifs. Pourtant nous devons nous libérer de cette culpabilité et poursuivre notre route. Quand c'est possible, il peut être utile de demander pardon et d'essayer de faire amende honorable envers les personnes que nous avons lésées. En bout de course, nous devons en arriver à voir nos erreurs comme des apprentissages qui nous seront utiles quand nous aurons à prendre des décisions importantes dans l'avenir.
Les pensées négatives peuvent tuer notre aspiration à devenir des personnes entières. Cela est particulièrement vrai lorsque ce négativisme est erronné et inutilement auto-dépréciateur. Nous croyons que les idées négatives nous empêchent de devenir des êtres humains intègres et équilibrés. Voici donc quatre exemples d'attitudes défaitistes.
1) Je suis bon à rien. Voilà une idée qui nous amène à croire que nous ne méritons pas d'être aimés et heureux. C'est une idée si envahissante qu'elle nous empêche de voir les nombreuses et admirables qualités que nous possédons.
2) Je ne sais rien faire. Nos efforts ont souvent été vains et nous en sommes arrivés à dire: «À quoi bon?» Ou encore: «J'ai tout essayé, et ça n'a rien donné.» Il est vrai que nous avons tous des points faibles, mais nous avons tous aussi quelque chose à offrir aux autres. Nous avons tous des talents à développer.
3) Je n'arrive pas à être bien dans ma peau. Pour certains ou certaines d'entre nous, les symptômes de la schizophrénie ont été tellement persistants qu'il nous semble qu'ils ne s'en iront jamais. Nous, les Schizophrènes anonymes, ne démissionnons jamais quant à l'idée de nous rétablir, même si cette idée peut avoir des résonnances différentes pour différentes personnes. Pour certains de nos membres, le rétablissement peut faire référence à notre capacité de conserver un emploi exigeant, alors que pour d'autres cela signifiera obtenir une permission à l'externe pour déambuler sur les terrains d'un hôpital. Si ces personnes, compte tenu des circonstances, donnent le meilleur d'elles-mêmes, elles sont égales à nos yeux. Nous y reviendrons dans le chapitre sur le rétablissement.
4) Je n'ai pas d'avenir. La personne dépourvue d'emploi, de relations humaines ou de logement, aboutit souvent au désespoir. Une seule de ces épreuves suffirait à perturber une personne normale. Quant à nous, nous devons en plus porter le fardeau des symptômes et de la stigmatisation. La solution, en partie tout au moins, consiste à ne pas démissionner trop tôt. Après que nous ayons trouvé des façons de nous adapter aux circonstances, souvent en découvrant des options que nous n'avions jamais envisagées auparavant, la vie vaut à nouveau la peine d'être vécue.
Bien qu'il n'y ait pas de solutions faciles aux problèmes occasionnés par la schizophrénie, le fait d'acquérir des attitudes positives peut jeter un éclairage nouveau sur une situation qui autrement serait lugubre. Notre vie ainsi transformée nous procure des moments heureux.
La Sixième Étape est le coeur même de ce que nous pourrions appeler la spiritualité des SA. Elle résume et conclut en même temps les cinq précédentes Étapes.
Pour quiconque est en voie de se rétablir de la schizophrénie, il est normal de se plonger à fond dans la mécanique du rétablissement et dans les préoccupations humaines que cela comporte telles les décisions importantes concernant le revenu, le logement, la thérapie et l'acquisition d'un mode de vie moins stressant. Telles sont en effet les préoccupations premières des personnes en voie de rétablissement de la schizophrénie.
Un des principaux symptômes de cette maladie étant les idées fausses et les fausses croyances, la personne en voie de rétablissement se doit d'accepter la fausseté probable de ses opinions, et prendre conscience qu'elle devra éventuellement y changer ce qu'elle peut.
La Sixième Étape est une révérence: à Dieu tel que chacun peut Le concevoir, au travail de rétablissement, et au cheminement vers le devenir d'une personne entière. Nous reprenons le pouvoir sur nos vies en renonçant à l'illusion d'une estime de soi conditionnelle. Nous «lâchons prise», nous «confions» tout contrôle à la Source Ultime de notre être, et nous faisons révérence aux grandes vérités guérisseuses. La Médecine et la Spiritualité s'unissent pour nous redonner notre équilibre et notre capacité de nous rétablir.
Les Étapes de rétablissement des SA sont un complément aux efforts personnels des membres vers un mieux-être. Par ailleurs, les lignes de conduite des SA concernent le rapport des individus et des groupes avec le programme des SA. Les Lignes de conduite sont conçues de manière à permettre aux SA de fonctionner de façon efficace et d'assurer la continuité de nos standards.
Il n'est pas obligatoire que les membres éventuels n'aient plus de symptômes pour assister aux réunions des SA. En fait, la plupart des membres ont déjà manifesté de tels symptômes à un moment ou à un autre de leur vie; la plupart ont déjà eu un diagnostic de schizophrénie. Mais certaines personnes qui ont un autre diagnostic se sentent à l'aise dans les réunions de SA pourvu qu'elles aient, ou aient déjà manifesté, des symptômes apparentés à ceux de la schizophrénie. Le «désir de se rétablir» de la schizophrnénie implique, entre autres choses, de suivre les recommandations d'un médecin, de prendre sa médication telle que prescrite, et de suivre les Étapes des SA.
La plupart des membres des SA sont incapables, d'un point de vue financier, de contribuer régulièrement aux réunions. En fait, certaines personnes qui ont le plus grandement besoin d'un tel programme, en seraient exclues si un contribution était exigée. Toutefois, il y a dans chaque groupe des dépenses, par exemple pour une collation. Dans ce cas, les groupes acceptent des contributions volontaires de la part des membres. Aussi la National Schizophrenia Foudation accepte des dons de provenance extérieure à l'intention des SA.
Ce qui se dit dans des réunions de SA est l'unique «propriété» de chaque participant et des membres du groupe. Aucun de ces propos ne doit être répété à l'extérieur, sauf si une personne présente un danger pour elle-même ou pour autrui. Les SA se soucient les uns des autres et s'intéressent les uns aux autres; les membres qui étaient absents à une réunion particulière peuvent par conséquent être informés de ce qui s'est dit à cette réunion. Enfin, si certains membres souhaitent que leur propos ne soient répétés en aucune façon, les autres membres devraient respecter ce souhait.
L'anonymat protège les membres et le groupe de toute manifestation publique non désirée. Les membres devraient s'abstenir de mentionner que certaine personne est schizophrène ou fréquente les SA. De même, aucun membre ne devrait révéler son appartenance aux SA à des instances extérieures telles que les médias d'information. L'unique exception à cette règle étant la fondatrice des SA au Michigan; celle-ci révéla son appartenance aux SA en vue d'informer le public que des personnes schizophrènes ont une capacité de fonctionner normalement. Ainsi, déstigmatiser la maladie peut être une bonne raison de rompre son anonymat; cependant, toute personne qui souhaite s'engager de cette façon devrait d'abord consulter le comité central des SA.
La procédure des réunions de Schizophrènes anonymes est décrite ailleurs dans notre documentation. Des réunions de SA se tiennent en divers endroits. Ainsi la procédure d'une réunion régulière peut être différente de celle d'une réunion en milieu hospitalier. Par exemple, les réunions du groupe fondateur à Southfield [au Michigan] étaient bien structurées et pouvaient durer deux heures. Par contre, en milieu hospitalier, une réunion moins structurée pouvait durer de 1/2 heure à 1 heure. Le leader d'un groupe devrait consulter le comité central afin de déterminer la procédure qui convient le mieux pour un groupe en particulier.
Il est probable que le leadership des Schizophrènes anonymes évoluera avec le temps. Dans les débuts des SA, la fondatrice était la seule référence pour le fonctionnement des groupes. Une nouvelle ère débuta avec la production du «Livre bleu»*; des membres des SA en ont rédigé le contenu pour un groupe en particulier, mais nous continuerons de nous en remettre à notre «Puissance supérieure» pour ce qui est de consulter la conscience des groupes dans l'élaboration de politiques à venir.
* Note du traducteur: De larges extraits du «Blue Book» ont été utilisés dans la conception du présent site, dont les témoignages qui constituent près de la moitié du livret.
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Schizophrenics Anonymous «-
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National Schizophrenia Foundation «-
traduction: GLM, Québec (Qué), Can, déc 03
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