Les Groupes familiaux
(entraide, soutien, support)
pour les familles et les amis (?)
des alcooliques et des toxicomanes !
J'ai servi | Dépendance affective | Armée du Salut | Ephrem | Autres témoignages
| Nous étions six dans l'équipe du Groupe pour débutants et chaque semaine l'un ou l'une d'entre nous témoignait de son vécu avant et après avoir connu les Groupes familiaux. Les nouvelles, nouveaux membres, nous arrivaient pour la plupart blessés, démolis, meurtris, nerveux, préoccupés, anxieux. Mais à la troisième ou quatrième rencontre, ils commençaient à sourire, à s'intéresser, à poser des questions. Ils retrouvaient l'espoir enfin. Telle a été ma plus belle expérience dans le service, que d'avoir servi au Groupe pour débutants. Nous n'y faisions pourtant pas grand-chose, nous racontions nos histoires, des histoires comme il y en a des millions dans la Cité sans voiles. Un jour, arriva une dame dans la jeune trentaine, grande, costaude, bien habillée, soignée, pas particulièrement déprimée, mais pas particulièrement souriante non plus. Elle arriva juste comme la réunion commençait et repartit juste comme la réunion achevait, sans parler à personne. Nous eûmes l'occasion de l'observer un peu et nous crûmes qu'elle n'avait pas besoin des GF. Elle venait là, croyions-nous, uniquement pour prendre des informations. Une journaliste qui préparait un reportage peut-être, ou une étudiante qui faisait un travail de recherche? Nous crûmes qu'elle avait su ce qu'elle voulait savoir et qu'elle ne reviendrait pas. Mais elle revint la semaine suivante, et la troisième semaine, juste comme la réunion commençait et repartit juste comme la réunion achevait, sans parler à personne. Voilà qui commençait à nous intriguer. À la quatrième rencontre, elle arriva cinq minutes avant l'heure et repartit cinq minutes après la réunion après avoir causé un peu, tant soit peu, avec les autres nouvelles, nouveaux membres. À la cinquième rencontre, elle arriva dix minutes avant l'heure pour causer avec les autres nouvelles, nouveaux membres. À la pause-santé, elle s'approcha de la table de documentation pour consulter furtivement les feuillets, dépliants, brochures qui s'y trouvaient. Elle voulut savoir d'où venaient les formules que nous utilisions pour tenir nos réunions: formule de bienvenue suggérée, formule suggérée pour clore les réunions, etc. Nous lui montrâmes le livre Les Groupes familiaux qui explique comment démarrer un Groupe familial et le faire fonctionner: animation, secrétariat, trésorerie, etc. Elle repartit dix minutes après la réunion après avoir causé avec les autres nouvelles, nouveaux membres. Elle souriait un peu, tant soit peu. Elle semblait encore songeuse, sceptique. À la sixième rencontre elle arriva dix minutes avant la réunion et elle nous fit l'agréable surprise de causer autant avec nous qu'avec les autres nouvelles, nouveaux membres. Souriante, elle demeura toutefois discrète quant à ce qui l'amenait au Groupe pour débutants. Et, comme c'était notre habitude, nous ne posâmes pas de questions. Nous demandions sans insister à ceux qui terminaient leur sixième rencontre avec nous de nous donner, s'ils le voulaient, s'ils le pouvaient, un petit mot d'appréciation, de nous dire ce que leur avaient apporté leurs six rencontres avec nous. La jeune dame prit la parole alors et nous avoua qu'elle était psychologue. « J'ai plus appris, dit-elle, pendant les six rencontres que j'ai eues avec vous que pendant les six ans que j'ait passés à l'Université. » Elle avait le coeur gros, la larme à l'oeil. « À l'Université, ajouta-t-elle, on nous enseigne toutes sortes de belles choses dans les livres, des théories, des mythologies, des thérapies, des écoles de psychologie, etc., mais on ne nous enseigne pas quoi faire avec un alcoolique-toxicomane, surtout quand l'alcoolique-toxicomane en question est le père de votre enfant. » Mère d'un enfant âgé de deux ans, mes amis, la jeune dame pleurait. Elle n'en pouvait plus, elle était au bout de son rouleau. Aussi venait-elle de comprendre tout le travail qu'elle aurait à faire sur elle-même et elle nous disait merci, les yeux dans l'eau. « Merci, disait-elle, vous m'avez apporté de l'espoir. » Trente-deux ans, une maîtrise en psychologie, un enfant de deux ans, son tchomme est dans une galère, elle n'y comprend rien, elle veut mourir, et à peu près rien n'y paraît. Très peu de gens pourraient deviner les souffrances qu'elle porte et elle nous dit merci en pleurant. Je me suis endormi en revoyant le visage de cette jeune femme ce soir-là disant: « Merci, mon Tchomme. Aujourd'hui c'est comme ça et on verra bien demain ce que demain nous amènera. » C'est principalement là, au Groupe pour débutants. que j'ai commencé à me sentir utile. Je n'y racontais pourtant rien d'autre qu'une histoire de fou, une histoire de vieux garçon ! Quant à cet homme qui m'a servi de parrain dans le service pendant quelque temps, il y a déjà plusieurs 24-heures de cela, il est décédé maintenant, il me disait souvent que, lorsque je vivais des conflits, des frustrations, avec d'autres serviteurs dans la Fraternité, je devais aller faire une réunion pour débutants. « Va voir, me disait-il souvent, de quoi tu avais l'air quand tu es arrivé dans les GF la première fois; cela te remettra les deux pieds sur terre. » Et il avait bien raison. Les Groupes pour débutants demeurent pour moi, aujourd'hui encore, le meilleur endroit pour me ressourcer. J'y retourne à l'occasion, non pas tant pour servir que pour écouter, écouter pour apprendre. Et c'est là que ma PS me dit le mieux ce que j'ai besoin d'entendre. Merci aux Groupes familiaux. Québec (Qué), Canada, janvier 2002 |
| J'aimais mon homme pour la sécurité matérielle qu'il m'apportait. Mais est-ce que je l'aimais vraiment ? J'adorais les ballades en moto, assise derrière lui. Évidemment, c'est lui qui menait. Je lui créais l'illusion de mener. Mais je détestais ses agissements sexuels, et j'étais incapable de lui dire non. Il est parti avec la moto en me disant: « Si tu veux une moto, ma chérie, il faudra bien t'en procurer une. Moi je pars avec la mienne. » Il est parti avec une autre femme qui, elle, avait sa propre moto. Eux font encore de la moto et, moi, j'ai été seule et amère pendant quelque temps. J'ai fait du ressentiment, beaucoup de ressentiment. Mais le Temps appaise les passions et cicatrise les blessures. J'ai servi dans les GF et j'ai oublié la moto. Au fond, était-ce si important ? J'ai trouvé depuis ce temps une sécurité plus authentique, une confiance en une Puissance supérieure à mon tchomme et à moi-même. Merci aux Groupes familiaux. Idéguec, Ontario, Canada, janvier 2002 Dépendance affective: remorque accrochée derrière soi et qui nous suit partout. Qu'on accélère, elle nous ralentit; qu'on ralentisse, elle nous pousse dans le dos. Un jour, fatigué de la remorque, on la détache et on la range au fond de la cour. Bye, bye, love ! C'est le détachement par amour ! Les motos, des engins dispendieux, puissants, dangereux, bruyants, poluants ...et tout à fait superflus ! Un luxe des pays riches. |
| «C'est un ancien fou de l'asile, un vieux garçon, BS chronique instruit dans un HLM en bicycle à pédales, abuseur du système, profiteur, irresponsable, il est bien dans sa marde et ne veut pas s'en sortir. Y a rien à faire avec ce genre de malade ! » S'il n'en était que de ce genre de jugement, il y a longtemps déjà que je me serais suicidé. Et pourtant j'ai survécu depuis l'âge de 25 ans avec un diagnostic de « schizophrénie résiduelle » sans aucune pilule, content malgré tout, grâce principalement aux Groupes familiaux pour les familles et les amis des alcooliques et des toxicomanes. Au Groupe pour débutants, j'ai connu des gens que j'ai le bonheur de retrouver aujourd'hui encore soit dans les GF ou ailleurs. Ainsi il m'arrive parfois de dîner à l'Armée du Salut plutôt que de dîner seul. Un midi j'y ai reconnu une dame que j'avais vue au Groupe pour débutants plusieurs années auparavant. M'ayant reconnu elle aussi, elle m'a demandé si elle pouvait s'asseoir à ma table. « Mais oui, bien sûr, et pourquoi pas ?» Une femme dans la cinquantaine qui a déjà eu deux enfants qu'elle a dû confier à l'adoption, étant incapable de s'en occuper. Seule depuis plusieurs années et vivant de l'aide sociale, souriante malgré tout, elle dit: « Je suis contente de te voir. » Elle se souvenait de moi mieux que je pouvais me souvenir d'elle comme c'est souvent le cas au Groupe pour débutants. Elle a été humiliée, rabaissée, par un conjoint alcoolique violent, comme elle l'avait été par un père lui aussi alcoolique violent. Il y a quelques années, son garçon, qui la cherchait depuis quelque temps déjà, l'a retrouvée à Québec. Il souhaitait que sa mère, qu'il avait peu ou mal connue, soit présente à son mariage. Après y avoir réfléchi pendant quelques jours, il a fini par dire: « Laisse faire, je vais m'en trouver une autre, mère. » Elle a eu très mal évidemment. Mais elle a fini par pardonner. « À quoi bon ? J'aurais bien voulu m'en occuper quand il était enfant, dit-elle, mais j'étais malade. » Nous parlions des élections municipales en cours et nous avons bien ri de ces politicailleries. Elle s'est excusée de devoir partir et elle est partie en souriant et en me souhaitant un bon après-midi. « Aujourd'hui, je suis contente, dit-elle, j'ai parlé avec quelqu'un. » Elle n'a que peu fréquenté les Groupes familiaux car lorsque elle se retrouve en présence de mères qui ont encore leurs enfants, de grands enfants, elle se souvient qu'elle a déjà été mère elle aussi et sa blessure refait surface. Je lui ai dit, et elle était contente de l'entendre, qu'elle ne devait pas avoir honte du sort que la vie lui a fait. « Je continue quand même d'appliquer les principes des Groupes familiaux, dit-elle, un jour à la fois. » Trois jours plus tard, au même endroit, à l'heure du dîner, une autre femme qui avait, elle aussi, passé par le Groupe pour débutants et qui se souvenait de moi, m'a fait la même agréable surprise de venir s'asseoir à ma table. Mère déchue elle aussi, vivant seule de l'aide sociale, elle me faisait suffisamment confiance pour me raconter des bribes de son histoire, car elle se souvenait d'avoir déjà entendu la mienne. Elle a grand besoin, autant que nous tous dans les GF, de se raconter. Son histoire est, comme la plupart des nôtres, des plus émouvantes. « C'est mon psychiatre qui m'a raconté, disait-elle, que, dans la vie, nous devons tous surmonter trois grandes épreuves. » Quelles avaient été les trois grandes épreuves de sa vie ? Première grande blessure: sa famille d'origine qui l'avait rejetée et la rejetait encore malgré ses vaines tentatives de s'en rapprocher. Ensuite un enfant qu'elle avait eu avec un conjoint alcoolique violent et qu'elle avait dû, elle aussi, confier à l'adoption. « J'étais incapable de m'en occuper, dit-elle, j'aurais fini par le tuer. » Elle a bourlingué d'un océan à l'autre et elle garde un bon souvenir de ce psychiatre qui l'a accueillie à Vancouver. « Il ne me disait que des belles choses, dit-elle. » Appris l'anglais et le langage des signes. « Ma troisième épreuve est de vivre seule, dit-elle, mais pas si seule, car je communique avec les sourds. Eux me comprennent ! » Telle est ma plus grande joie aujourd'hui encore que de revoir, dans les GF ou ailleurs, des pèlerines et des pèlerins qui ont passé par le Groupe pour débutants. Certains n'ont fait que passer, mais ils m'ont tant appris. Combien de membres des Groupes familiaux ayant déjà vécu un ou des épisodes de maladie mentale (schizophrénie ou dépression) tireraient profit de raconter leur histoire, toute leur histoire, en ayant la certitude qu'ils seront accueillis dans leur différence ? J'écrirai au BSM (au BSG ?) pour suggérer un nouveau dépliant: « Les GF accueillent aussi les personnes affligées de maladie mentale » (Think You're Insane?) Quand les choses vont moins bien avec des serviteurs indispensables et irremplaçables après qui viendra le déluge, menteurs et manipulateurs de tous acabits (ce sont là des caractéristiques mêmes, non seulement de l'alcoolisme, mais aussi de la maladie mentale « en phase active »), alors je me souviens: eux aussi ont eu, ou auront, trois grandes épreuves à traverser. Je confie le tout à une Puissance supérieure à moi-même telle que je peux La concevoir aujourd'hui et j'abandonne la partie, une partie futile. Québec (Qué), Canada, janvier 2002 « Puisque vous vous tenez en haute estime, ne vous embarrassez pas des méchancetés, car le bonheur n'est pas si facilement acquis pour les malfaisants. » - Samyutta Nikaya III, 4 |
| Ephrem, saint Ephrem, mon vieil Ephrem, Tu me fais penser à ce bonhomme qui arrive en état d'ébriété dans un Congrès des AA et qui prétend qu'il n'est pas alcoolique. Il est bien saoûl dans un Congrès des Alcooliques anonymes, mais il n'est pas alcoolique ! Jamais de la vie ! Il vient là juste pour voir ce qu'il pourrait faire pour aider un des tchommes qui a un petit problème de boisson ! Je suis arrivé exactement de cette façon dans les Groupes familiaux (pour les familles et les amis des alcooliques et des toxicomanes) il y a de cela plusieurs 24-heures. Je venais de sortir de l'hôpital deux ou trois ans auparavant, j'étais encore malade et ça paraissait. J'avais encore une bizarre de mental - mentalité. Je dénigrais tous et chacun, la société, la système, les bourgeois, les capitalistes, les BS, les communistes, les impôts, la justice, les pompiers, la police, les féministes... Et surtout, surtout, j'étais sûr que personne ne s'était aperçu de rien ! Il m'a fallu quelques années pour avouer que j'avais été hospitalisé en psychiatrie (ce dont tous se doutaient déjà), et quelques années encore pour admettre que j'étais bel et bien schizophrène. Il y avait de la schizophrénie du côté de mes deux parents et, du côté de mon père alcoolique, il y avait beaucoup d'autres personnes alcooliques ou dépressives, ou les deux à la fois. J'avais 50 ans quand je suis venu à bout d'y comprendre quelque chose. Nos malaises n'ont d'égal que la lourdeur de nos secrets, dit-on. Et quand on n'a plus de secrets, alors on peut vivre en paix et mourir en paix. Aujourd'hui je n'ai plus rien à cacher, plus de ressentiment, plus de petites vengeances à fomenter, et j'essaie de transmettre le message à ceux qui souffrent encore. « Allez par toute la terre porter la bonne nouvelle. » J'essaie de démystifier la maladie mentale qui, finalement, n'a rien de si mystérieux et surtout rien de si honteux. Une dysfonction neurologique ou cérébrale héréditaire qui rend les personnes... dysfonctionnelles ! Et j'ai été dysfonctionnel toute ma vie, et je le suis encore. Sauf que je comprends beaucoup mieux et accepte plus facilement. Pas toujours si facile, mais enfin je dis merci aux Groupes familiaux d'avoir si grandement contribué à préserver mon équilibre émotif, si fragile équilibre. Au jour le jour, les années passent et, puisque tout passe, nous passerons. Autant en emporte le vent. Salutations fraternelles, vieux pèlerin ! Gulemo, Québec (Qué), mars 2006 |
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« Si profonde qu'ait été notre déchéance, nous verrons comment notre expérience peut profiter aux autres. Nous perdrons le sentiment d'être inutiles et cesserons de nous apitoyer sur notre sort. » - Les Alcooliques anonymes , ch.6: « À l'oeuvre ! » Écrivez à Gulemo |
Que deviennent les enfants d'alcooliques (souvent hyperactifs
comme les alcooliques eux-mêmes) à l'âge adulte ?
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(entraide, soutien, support)
pour les familles et les amis (?)
des alcooliques et des toxicomanes !
N.B. Let's keep it simple. La seule condition requise pour servir dans les Groupes familiaux est un désir sincère de rendre à la Fraternité ce que nous en avons reçu, et cela dans la plus grande simplicité. | |
« Les gens qui nous dérangent le plus sont souvent ceux et celles qui nous ressemblent le plus. Ils sont nos miroirs, nos maîtres. Voilà pourquoi la PS nous les fait connaître. Soyons reconnaissants et indulgents. »
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