Will B., pèlerin devant l'Éternel !

Les Groupes familiaux
(entraide, soutien, support)
pour les familles et les amis (?)
des alcooliques et des toxicomanes !

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Gulemo (1990) | Quête d'identité (1998) | Hérédité ? Environnement ?


Gulemo (1990)

Je suis fils d'alcoolique ; enfant battu, terrorisé par mon père ; adolescent révolté, terrorisé par l'enfer ; à vingt-cinq ans, j'ai voulu me suicider et à quarante-et-un ans, je suis devant vous et content d'y être, pas fâché d'avoir survécu. Merci aux GF.

A quinze ans, j'étais tout aussi poète que malheureux. A vingt ans, je reprochais à mes parents d'avoir mis des enfants au monde et de n'avoir jamais su s'en occuper comme du monde. Et je souhaitais devenir parent moi aussi ; je n'étais pas convaincu que je ferais mieux qu'eux, j'angoissais, je paniquais. Qu'allais-je faire ? J'aurais voulu les tuer tous les deux et me suicider. J'avais l'impression que je traînerais mon cadavre comme ça jusqu'à l'âge de trente ans, quarante ans, cinquante ans ; alors je mourrais et je brûlerais au feu de la géhenne éternelle. A ce compte-là, pas pire en finir tout de suite et raccourcir l'éternité de quelques années... Neuf électrochocs, quelques précieux conseils, une première fois. Je survivrai cinq ans.

Au pensionnat chrétien où j'avais passé mon adolescence, on nous disait que Dieu était un père pour nous... J'avais pris l'habitude de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux... restez-y !» (Jacques Prévert ). Restez-y ! car ça va pas bien aller, je vous jure. Et la société était pourrie, et le système était foutu, et le monde était malade, et je ne m'adaptais pas nulle part, je ne cadrais dans aucun décor, j'étais toujours en chicane avec tout un chacun ici et là ; je me sentais seul, je ne savais pas ce que je ferais dans la vie et j'avais peur.

Au juvénat j'avais étudié les auteurs chrétiens, par la force des choses évidemment, pas par choix ; j'avais quand même pris goût à la littérature et c'est ce qui m'a sauvé pendant quelque temps, que d'avoir pu m'isoler : entre deux rangées de livres au fond d'une bibliothèque, je ne pouvais pas m'obstiner avec personne, j'étais presque bien. Au cégep j'ai étudié par esprit grégaire sans doute, mais j'ai aimé aussi, les écrivains athées ; ils m'enseignaient que j'étais seul au monde ; que s'il existait un Dieu là-haut, de deux choses l'une : ou bien il nous avait abandonnés depuis longtemps déjà, ou bien il se moquait de nous de la plus belle façon et dans un cas comme dans l'autre, il ne fallait pas perdre son temps avec une question aussi futile.

J'ai voyagé, vagabondé sur la côte Ouest américaine : la contestation de la guerre du Viêt-nam, les hippies, les drogues psychédéliques ; j'ai travaillé avec les ouvriers au Manitoba, appris l'anglais, revenu en traduction, capoté à nouveau. Je n'avais pas droit à l'assurance-chômage, je ne voulais pas atterrir sur le BS ni retourner chez mes parents non plus... Le trou noir, le blanc de mémoire, Robert-Giffard. On disait encore l'hôpital Saint-Michel-Archange, l'asile ; et dans la mythologie judéo-chrétienne, l'archange saint Michel était le gardien de l'enfer...

Le « psy », un vrai à ce qu'il me semble, mon premier vrai père spirituel. Il m'a appris ce qu'on enseigne dans les AA et les GF. Il me semblait que je n'avais pas mérité d'être enfermé avec les fous ; mais les fous étaient les fous et moi, j'étais moi ; je n'avais qu'à m'occuper de ma folie, la mienne ma folie ; cela et rien que cela, c'était déjà pas mal, et laisser les autres en faire autant. Vivre et laisser vivre, au jour le jour... les années ont passé. Et maintenant je chante : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien... car ma vie, car mes joies, aujourd'hui, ça commence avec vous. » (Édith Piaff )

Écouter pour apprendre. Je vous ai suppliés de m'écouter, j'avais tant de choses à dire. Vous m'avez écouté et j'ai appris... que je n'étais plus seul au monde. Vous m'avez montré qu'il y avait un fil conducteur dans les éléments disparates de ma vie trépidante et confuse, une Force supérieure à moi-même. J'en suis venu à croire... qu'« il y a un sens à la vie comme il y a un sens au cours d'eau » (François Mauriac ), que l'univers évolue, que le monde va vers quelque chose. Il importe peu de savoir vers quoi. J'ai redécouvert avec vous le sens du pèlerinage, ce sentiment à la fois tendre et profond d'aller vers quelque chose, de cheminer avec des soeurs et des frères qui font eux aussi ce cheminement. Vous êtes des pèlerines et des pèlerins adorables.

J'ai peine à imaginer ce patriarche à barbe blanche qui flotte au-dessus de la Chapelle Sixtine à Rome et qui gouverne le monde à partir de là. Mais je ne peux pas croire non plus que les quelques milliards d'années d'évolution qui nous précèdent vont se terminer dans un champignon atomique ou une quelconque catastrophe écologique. Vos souffrances partagées ont relativisé les miennes, j'ai dégonflé, dédramatisé. Et l'eau coule dans le Saint-Laurent et la terre tourne. Merci. Merci de m'avoir accepté parmi vous, aussi confus et dérangeant que j'aie pu être. Merci d'être là encore. Merci aux GF.

« Tu es bien fils ou fille de l'univers ; tout comme les arbres et les étoiles, tu y as ta place ; et quoi que tu en penses, il est clair que l'univers continue sa marche, comme il se doit. » (Max Ehrman, Desiderata )

« Tu es là au coeur de nos vies, c'est toi qui nous fait vivre. »

...ce Grand Esprit de l'univers, Grand Manitou. Il s'agit seulement que je consente à m'y abandonner. Oui, je le veux, je m'engage aujourd'hui librement... car vous êtes là au coeur de ma vie, c'est vous qui me faites vivre.

Gulemo, Québec (Qué), février 1990

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Quête d'identité (1998)

M a mère avait sept ans en 1918 lorsque son père l'a prise sur ses épaules pour lui montrer les soldats qui revenaient de la guerre à Montréal. C'est un des rares souvenirs de son enfance qu'elle m'ait raconté et c'était pour elle un souvenir de tendresse et d'affection : elle avait aimé ses parents et s'était sentie aimée d'eux.

Les choses se sont gâtées pour elle lorsqu'elle s'est mariée à l'âge de trente ans en 1941. En cours de route, elle a fini par oublier la tendresse de son père et elle a fini par dire : « Les hommes sont tous des cochons... » comme son ivrogne de mari ! Et moi j'allais être un de ces hommes-là. J'ai grandi avec l'idée qu'un de ces jours, je serais grand, je serais gros, je serais fort moi aussi, et je finirais par tuer le père.

J'ai passé mon adolescence dans un pensionnat catholique, un juvénat, et ma mère était contente enfin : « Lui au moins ne fera pas un ivrogne comme son père ni une tapette comme son oncle !» Elle n'a jamais su ce qui se passait au pensionnat ; le saurait-elle aujourd'hui qu'elle se retournerait dans sa tombe !!

Les Frères m'ont enseigné deux choses ; beaucoup de choses à vrai dire, mais deux qui m'ont plus profondément marqué. La première : Dieu est un père pour nous, Dieu nous aime comme un père ! « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y !» La deuxième : les femmes sont des écoeurantes ! Les femmes n'étaient bonnes que pour le cul et pour faire perdre aux Frères leur vocation ! Bon nombre de ces derniers étaient homosexuels non actifs, comme on dit aujourd'hui pour être poli ; et peut-être pas si inactifs, certains étaient bel et bien pratiquants ; ce qui n'était pas un mal en soi, sauf pour le mensonge et l'hypocrisie.

J'ai eu mes premières éjaculations à l'âge de quinze ans en prenant mon bain dans ma famille dans le temps des Fêtes. J'étais pensionnaire mais c'était une des premières années où nous pouvions sortir dans nos familles dans le temps des Fêtes. Et j'ai eu une sensation bien agréable. Aujourd'hui on sait que les adolescents découvrent leur sexualité dans le plaisir alors que les adolescentes découvrent la leur dans les douleurs des premières menstruations. Ç'a été bien agréable pour moi en effet, mais en même temps j'avais peur. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, je croyais que j'étais malade, il me sortait du pus par le pénis !

À qui allais-je parler de ça ? Mes parents savaient à peine lire et écrire. Le mot sexualité n'existait pas dans leur vocabulaire, la chose devait exister encore moins. De retour au pensionnat, je me suis confié au Frère directeur que j'ai grandement embarassé ; lui non plus ne savait pas quoi faire avec « ça ». Il m'a référé à un vieux Frère qui était de passage au pensionnat ; un vieux sage qui avait beaucoup souffert, avait surmonté de grandes difficultés, avait beaucoup voyagé, avait fait de longues études (à Rome notamment), avait acquis une grande sagesse... Bref, quelqu'un à qui on pouvait tout raconter, il était capable d'en prendre, il n'avait plus peur de rien maintenant, et il pouvait nous aider. Et il m'a terrorisé de la plus belle façon.

Il m'a fait comprendre deux choses : la première est que ça fait perdre la mémoire (!), et la deuxième : je traînerai « cela » (entre guillemets !) jusqu'à l'âge de trente ans, quarante ans, cinquante ans ; alors je mourrai et j'irai en enfer, je brûlerai au feu de la géhenne éternelle. Et je l'ai cru. Plusieurs de mes confrères juvénistes, qui avaient eu un contexte familial plus favorable que le mien, se moquaient de tels propos séniles : « Bof ! c'est un vieux fou !» Mais moi je l'ai cru. J'étais, et je serai pendant plusieurs années, une personnalité dépendante, un dépendant affectif ! Pendant ma dernière année de pensionnat (5 e Secondaire), j'étais allé consulté un médecin pour lui dire qu'il se faisait des opérations pour « cela » car il était écrit dans l'Évangile : « Si ton oeil droit te scandalise, arrache-le et jette-le au feu !»

À dix-neuf ans, on m'a fait comprendre que je « n'avais pas la vocation » pour faire un frère (avais-je jamais voulu en faire un ?) et je suis arrivé au cégep en septembre 1967 (deuxième année d'existence des cégeps) avec ces idées qui me hantaient : les hommes sont des cochons, les femmes sont des écoeurantes, Dieu est un père et je brûlerai au feu de la géhenne éternelle.

En 5e secondaire toutefois, j'avais pris goût à la littérature et, naturellement, les auteurs chrétiens étaient à peu près les seuls auxquels nous avions accès : les Claudel, Mauriac, Péguy, Bernanos et compagnie étaient les meilleurs écrivains, les seuls vrais ; les autres, dont on n'osait même pas prononcé les noms, étaient dangereux pour la jeunesse... la jeunesse chrétienne ! L'année suivante au cégep, un vent de liberté, on le sait, soufflait sur tout le Québec. Et les seuls auteurs ou presque dont on nous vantait les immenses mérites étaient les existentialistes athées de Saint-Germain-des-Prés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Dans les cours de français et de philosophie obligatoires et dans les cours de français optionnels, les Camus, Malraux, Sartre et compagnie...

J'ai aimé ces philosophes-romanciers-dramaturges qui traduisaient à peu de choses près ce que je ressentais : la vie est absurde, l'histoire est un mensonge, etc. L'un deux parlait de l'ennui, de l'angoisse, du mal de vivre, comme d'un mal étrange qui ronge l'homme par l'intérieur sans jamais l'anéantir tout à fait. (Jean-Paul Sartre ?) Et un autre prétendait que ni les dieux, ni les cieux ne répondent aux supplications des mortels qui sont abandonnés, seuls et angoissés dans le silence éternel de l'univers. (Albert Camus ?)

S'il existait un Dieu là-haut tel que Le concevaient les chrétiens, de deux choses l'une : ou bien Il nous avait abandonnés depuis longtemps déjà, ou bien Il se moquait de nous de la plus belle façon. Et dans un cas comme dans l'autre, je ne devais pas perdre mon temps avec une question aussi futile. Neuf électrochocs, quelques précieux conseils : « Tu connaîtras des femmes, ça s'arrangera ! Tu entreras sur le marché du travail, tu prendras des responsabilités, tu reprendras confiance... » Merci, docteur, vous êtes bien gentil ! Et j'ai survécu cinq ans à occuper multiples petits emplois que j'ai tous détestés les uns autant que les autres. La société était pourrie, le système était foqué, le monde était malade ; les bourgeois, les capitalistes, les BD, les communistes, les impôts, la justice, les pompiers, la police, les féministes, gang de Christs... savez veux dire ? Et mettez-en !

J'ai vécu mes deux premières expériences sexuelles, homosexuelles, sur la côte Ouest à l'époque des hippies, des drogues psychédéliques et de la contestation de la guerre du Viêt-nam. Personne dans mon patelin ne devait jamais en savoir rien. La peur, la honte. Je suis revenu au Québec et j'en savais à peine un peu plus sur mon identité sexuelle. Je présumais tout au plus que je n'étais probablement pas homosexuel, mais je n'étais pas sûr encore, j'avais encore des doutes.

J'ai été hospitalisé cette fois-là à Robert-Giffard (hôpital psychiatrique à Québec) où l'archange saint Michel était le gardien de l'enfer ! « Dépression psychotique réactionnelle, épisode schizophrénique... » Malgré tout ce qu'on entend dire, le psy, en m'indiquant la voie des Douze Étapes, sera mon premier vrai père spirituel. « Un jour à la fois, aujourd'hui seulement, tout le temps qu'il faudra, il n'y a rien qui presse. Vivre et laisser vivre. Tout passe, nous passerons, autant en emporte le vent. »

Et maintenant, que vais-je faire... de tout ce temps ? Ce qui m'est resté de cet épisode psychotique : fatigue chronique, anxiété chronique, déficit d'attention, problèmes de concentration, problèmes de mémoire à court terme (un trouble neurologique héréditaire et incurable, rien à voir avec la masturbation !), oublis, distractions, manque d'organisation, bref : « hyperactivité psychique avec grande distractibilité », « dysfonction légère et intermittente de l'activité cérébrale dans les régions fronto-temporo-centrales. » Moi qui avais dit que le BS était bon pour les paresseux ou les imbéciles mais pas pour moi ! « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, jamais !» Je suis devenu BS chronique ! Entretemps, certaines expériences m'ont permis de dédramatiser, de relativiser ma situation.

J'avais 27 ans. Ma première amie de coeur avait neuf ans de plus que moi et venait de quitter une communauté religieuse, deux ans auparavant. Moi qui avais tant détesté les Frères, les Soeurs, les anciens Frères, les anciennes Soeurs, voilà que j'étais en amour avec une d'entre elles. Ça changeait les perspectives considérablement. C'est elle qui m'a initié à l'hétérosexualité ! Ça prenait bien une ancienne Soeur pour faire ça !! Ou bien il était temps que je me déniaise !!! Nous avons vécu intensément, pendant deux ans, non seulement notre sexualité mais aussi notre spiritualité. --J'ai l'impression que l'un ne va pas sans l'autre.-- Elle me parlait de ce qu'elle avait vécu en communauté et me faisait découvrir l'autre côté de la médaille ; on pardonne plus facilement quand on comprend mieux. Elle n'avait pas eu trop de difficultés à tourner la page ; elle avait eu des parents tout à fait adorables qui acceptaient ses choix quels qu'ils fûssent. Nous nous sommes quittés à l'amiable et nous sommes toujours restés de bons amis. Il y a plus de vingt ans de cela et j'aime à me souvenir.

Aussi, faisant de l'écoute téléphonique bénévole au Centre de prévention du suicide, une nuit par semaine pendant deux ans, j'y ai vu des gens qui avaient tout ce que j'avais souhaité avoir quand j'avais vingt ans : un diplôme, un métier, une job, une voiture, une maison, des enfants, des responsabilités, de la reconnaissance, du pouvoir (d'achat), du prestige. Avaient, ou avaient déjà eu, car certains l'avaient perdu en cours de route. Et ceux qui l'avaient encore n'étaient pas nécessairement plus heureux. Un suicide dans une HLM, dans un bungalow ou dans un condo, quelle différence ? Un suicide dans un quartier central ou dans une banlieue richarde... Il y a des gens heureux dans des HLM, des bungalows ou des condos ; dans les quartiers centraux ou les banlieues richardes... Selon le regard porté sur les gens et les événements, la plupart de nos drames se jouent entre nos deux oreilles. Au propre... et au figuré.

Moi qui avais cru, la plus grande partie de ma vie, que j'étais venu au monde en cas de besoin seulement et que je ne servirais jamais à rien, je me suis finalement engagé dans la structure de service de la fraternité des Groupes familiaux. C'est là que j'ai enfin véritablement trouvé un sens à ma vie, ce sentiment à la fois tendre et profond d'aller vers quelque chose avec d'autres pèlerines et pèlerins qui font une démarche semblable à la mienne. Le témoignage des uns éclaire la souffrance des autres. Ensemble, nous allons vers quelque chose et il n'est pas toujours utile de savoir vers quoi.

Une constatation. Le syndrome de fatigue chronique affecte surtout des femmes (88% en 2003). Le trouble de personnalité limite (schizophrénie résiduelle ?) affecte surtout des femmes (75%). Le déficit d'attention sans hyperactivité affecte environ 3 à 5% de la population, autant les hommes que les femmes ; alors que le déficit d'attention avec hyperactivité affecte environ 1% de la population, soit 4 garçons pour 1 fillette. Dans les Groupes familiaux, on retrouve surtout des femmes (85%) : enfants adultes d'alcooliques, conjointes d'alcooliques, parents d'alcooliques, etc. Si certains problèmes de comportement, dont on sait aujourd'hui qu'ils ont des causes neurologiques, avaient été décelables dans les années soixante (j'étais adolescent), je n'aurais sans doute pas vécu ce que j'ai vécu (et d'autres juvénistes non plus) et ne l'aurais pas fait vivre à d'autres. On ne peut blâmer personne. Génétique ou fatalité ? C'était l'époque, c'était le pays, c'était comme ça.

Le Temps arrange bien les choses. Aujourd'hui j'ai la foi de Félix Leclerc qui, lui, avait la foi de l'Amérindienne. L'Amérindienne qui regarde le fleuve et qui ne sait pas d'où il vient ni où il va ; mais elle sait qu'il vient de quelque part et qu'il va vers quelque chose. M'étant évadé, pendant quelque temps, dans le vocabulaire exotique des religions orientales, il me plaît aujourd'hui encore d'imaginer ce dieu à quatre ou seize ou mille bras, un objet symbolique dans chaque main, et qui danse avec nos illusions. Un dieu dansant (Shiva), un dieu pensant et moqueur (le Bouddha). Une Puissance supérieure à soi telle que chacun peut La concevoir... le Temps... Et l'eau coule dans le Saint-Laurent et ne remonte pas.

Merci à vous d'avoir été là et d'être encore là pour moi. Salutations fraternelles,

Gulemo, Québec (Qué), août 1998

« Si vous ne pouvez travailler avec amour mais seulement avec dégoût, il vaut mieux abandonner votre travail, vous asseoir à la porte du temple et recevoir l'aumôme de ceux qui, eux, travaillent dans la joie. » -- Khalil Gibran : Le Prophète, 1923

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Hérédité ? Environnement ? (juillet 2008)

Bien élevé ? Mal élevé ? Voici ma réponse à cette question. Il y avait de la schizophrénie du côté de mes deux parents. Une tante de ma mère (c'est-à-dire une grande tante pour moi) était célibataire. Mes parents l'ont gardée pendant plusieurs années et elle a contribué à élever les gibiers de potence que nous étions. Elle nous appelait ses « gibiers de potence » et elle n'avait pas tout à fait tort. Elle a fini ses jours dans un hôpital psychiatrique après quelques tentatives de suicide dont nous ne devions rien savoir. Démence sénile ? Quelle différence avec la démence précoce ?

Du côté de mon père, un mien cousin est également schizophrène et ce n'est pas parce qu'il a été mal élevé, bien au contraire.

Mes parents ne savaient pas lire ni écrire ou presque pas. Mon père savait signer son nom et lire les gros titres dans les journaux. Ma mère en savait à peine un peu plus que lui. Comparativement, leurs frères et soeurs avaient, pour la plupart, l'équivalent d'une 2e, 3e ou même 4e secondaire. Dans le contexte des années 1930-40, mes oncles et tantes étaient des gens très instruits, sauf mes parents. La crise économique, la guerre, etc.

Du côté de ma mère, il y avait des cardiaques diabétiques. Du côté de mon père, des dépressifs alcooliques. Ma mère était cardiaque-diabétique, dépressive-suicidaire. Elle regrettait de s'être mariée. « Je n'aurais jamais dû », disait-elle. Mon père était alcoolique, violent et possiblement schizo. Famille dysfonctionnelle... Dysfonction neurologique...

Oui, j'ai été très mal élevé et je ne reproche plus rien à mes parents puisqu'ils étaient malades tous les deux. J'ai quand même eu la chance, et c'en est une, de compléter des études secondaires en interne chez les frères d'une communauté religieuse catholique que j'ai détestés cordialement et que je déteste encore parfois puisque je puais des pieds et que je n'étais pas né d'une bonne famille chrétienne comme la plupart de mes confrères juvénistes. Je n'avais pas « la vocation ! ».

Où finit l'hérédité ? Où commence l'environnement ? Chose difficile à quantifier s'il en est. À l'âge de 25 ans, je faisais une dépression psychotique réactionnelle, un épisode schizophrénique. Schizophrénie résiduelle depuis ce temps sans aucune médication psychiatrique et content malgré tout. Vieux garçon, BS chronique instruit dans un HLM en bicycle à pédales, oh pardon ! à bicyclette ! L'ennui, l'angoisse, la solitude, la masturbation, il a fallu apprendre à en rire, Henri, en rire, Henri. Ce sont les groupes d'entraide inspirés des AA qui m'ont appris à rire de moi-même puisqu'il existait peu de ressources alternatives en santé mentale durant les années 1980 en particulier.

La différence entre un schizo bien élevé et un schizo mal élevé se voit et s'entend dans l'accoutrement plus ou moins singulier, dans le discours plus ou moins cohérent ou incohérent, dans les manies et les manières, etc. Dans mon cas, peu n'y paraît, je suis un pèlerin anonyme. Merci à ces autres pèlerines et pèlerins anonymes qui ont contribué au quotidien, et contribuent aujourd'hui encore, à donner un sens à ma vie.

J'ai délaissé ces groupes d'entraide parfois trop enclins à la religion (le « spirituel », ce qui est quand même mieux que les spiritueux ! ) J'ai découvert des réseaux de pairs aidants, des organismes communautaires en santé mentale. Et la vie continue. Pour combien de temps encore ? J'ai commencé à avoir des problèmes cardiaques ; un ACV en février 2005 sans trop de séquelles ; hypertension artérielle depuis ce temps. J'ai dit au docteur : « J'ai coûté suffisamment cher aux payeurs de taxes jusqu'à maintenant, s'il faut que je parte, faites en sorte que ça se fasse vite. Je ne voudrais pas traîner des complications pendant des années pour finir par en mourir de toute façon. S'il faut mourir, vaut mieux mourir vite. » Le doc parle de qualité de vie et ne semble pas du genre à faire de l'acharnement thérapeutique. Je ne le voudrais pas moi non plus. Pas de taponage, on tire la plogue et ça s'arrête là.

Gulemo, Québec (Qué), juillet 2008


Que deviennent les enfants d'alcooliques (souvent hyperactifs
comme les alcooliques eux-mêmes) à l'âge adulte ?

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