Les Groupes familiaux associés
(entraide, soutien, support)
pour les familles et les amis (?)
des alcooliques et des toxicomanes !
Québec (Qué), septembre 2007 -- [Retour]
Madame,
Au cours des années 1990, tout en m'initiant aux ordinateurs, j'ai contribué à traduire six livres et la moitié d'un autre qui font maintenant partie de la documentation officielle des GFA. Et voici ce que j'ai compris, sur le tard, hélas.
Iconopète faisait traduire le même document par deux ou trois personnes différentes, toutes bénévoles et anonymes évidemment. Elle y prenait ce qui faisait son affaire et, lorsque je voyais le résultat final, je ne m'y reconnaissais plus en aucune façon. Je n'avais pas l'impression d'avoir contribué à traduire ces documents. Je travaillais en solitaire à la maison et je n'avais aucun droit de regard quant au résultat final. C'était de l'exploitation pure et simple, telle qu'on en trouve dans les sectes religieuses. Les adeptes s'inclinent devant les gourous. Mais comme je n'avais pas beaucoup d'expérience sur le marché du travail (je suis invalide depuis l'âge de 25 ans, vous le savez peut-être), j'étais simplement heureux de rendre à la Fraternité ce que j'en avais reçu. Jusqu'au jour où...
Jusqu'au jour où j'ai rencontré un traducteur professionnel qui a fait ses études en traduction en même temps que moi au début des années 1970. J'ai été hospitalisé à cette époque et la vie s'est comme arrêtée là pour moi. Quant à lui, il a fait carrière et il m'a expliqué en toute simplicité comment les choses se passent sur le marché du travail. Les traducteurs sont responsables de leurs traductions et les réviseurs sont payés pour faire de la révision et non pas pour refaire les traductions. S'il faut refaire les traductions, les traducteurs incompétents perdront leur emploi. Et les réviseurs trop zélés peuvent, eux aussi, perdre leur emploi. Traducteurs et réviseurs sont syndiqués et peuvent avoir recours à des mesures d'arbitrage. Je n'avais aucun recours. J'ai compris qu'on ne pouvait pas demander à Iconopète de respecter le travail des autres, c'est une chose que les Gère-Mènes (les Enablers) sont incapables de faire. Elles profitent du travail des autres et n'ont de comptes à rendre à personne. Elles n'ont que des comptes à régler avec les hommes !
Je vous donnerai un autre exemple. J'ai fréquenté pendant deux ans une association d'aide et d'entraide pour des personnes affligées d'une maladie chronique. J'ai traduit pour cette association un document de 50 pages, un questionnaire de recherche médicale qui a été distribué par la suite aux membres de l'association. Une fois mon travail complété et remis à la présidente de cette association, celle-ci me téléphone de Montréal quelques jours plus tard (j'habitais et habite encore à Québec) pour me demander la permission de changer un mot, un seul mot, dans un document de 50 pages. J'avais traduit « recovery » non pas par « rétablissement » comme c'est courant dans les GFA, mais par « recouvrance » comme autrefois dans « Notre Dame de la Recouvrance » ! Mais comme ce document devait aussi circuler auprès des compagnies d'assurance, il fallait utiliser la même terminologie que ces dernières, c'est-à-dire, dans ce cas-ci, « réhabilitation » ! J'ai dit : « Pas de problèmes, madame, vous pouvez changer ce mot. »
Après cette conversion téléphonique, je me suis mis à repenser la situation. La présidente de cette association me téléphonait de Montréal pour me demander la permission de changer un mot, un seul mot, dans un document (non pas une pièce de littérature !) de 50 pages ! Je n'en revenais tout simplement pas. Je me suis senti tellement respecté dans le travail que j'avais fait, j'ai dit : « À ce compte-là, je ferai d'autres traductions bénévoles pour cette association sans aucune hésitation. »
Je vous assure, ce n'est certainement pas Iconopète qui m'aurait demandé la permission de changer un mot, ni dix, ni cent ! Iconopète n'a de comptes à rendre à personne. De plus, j'ai dû faire venir des USA et payer de ma poche les versions originales anglo-étatsuniennes des livres que j'ai contribué à traduire pour le service des publications des GFA sans être jamais remboursé. Aurais-je dû le demander ? J'ai payé pour faire du bénévolat ! Non mais comment ai-je pu être à ce point naïf ? C'est le prix que j'ai dû payer pour apprendre, et j'ai appris !
Sachant maintenant comment les choses se passent dans les GFA, ni Iconopète ni personne d'autre ne me fera plus jamais traduire n'importe quoi. D'autant plus qu'il y a très évidemment dans les GFA des abus de traduction et des abus de pouvoir, et c'est peu dire ! On traduit en amateur tout ce qui vient d'ailleurs, sauf les nouvelles internationales de la Fraternité, sans aucun discernement, sans aucune réflexion, au détriment et au mépris de nos propres talents, de nos propres productions (en particulier, de nos témoignages). « Nous sommes minoritaires, pas assez nombreux, pas bilingues, le monde veulent pas servir, etc. » C'est ce qui s'appelle une mentalité de Canadiens français colonisés des années 1950 et nous sommes en 2007 ! J'ai eu mon voyage !
Je ne fais plus rien dans les GFA, j'ai lâché prise, renoncé, abandonné, capitulé, démissionné... J'ai choisi de ménager ma santé mentale avant toute chose. Parlant de santé mentale, je n'en ai pas à revendre et le peu qui me reste, je l'investirai ailleurs que dans les GFA. Je poursuis ailleurs ma démarche « spirituelle ». « Dans le trafic », on entend dire souvent : « C'est une bande de malades qu'on retrouve dans ces fraternités, communautés, sectes... » Physiquement, j'en suis sorti, je ne fréquente presque plus aucun de ces groupes. Mentalement, j'ai encore un peu de détachement à faire, mais ça viendra.
Je vous prie, madame, d'agréer mes salutations fraternelles. Au plaisir de répondre à d'autres questions si vous en avez d'autres.
Gulemo
ex-membre des GFA au Québec
pèlerin devant l'Éternel
Québec (Qué), septembre 2007
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