Le TDA des adultes:


Une histoire de TDA,
triste, mais trop souvent vraie

par Darryl Peterson

Il est permis de télécharger ou reproduire l'article qui suit, de créer des hyperliens s'y référant ou de l'inclure dans un site web à la condition de bien mettre en évidence en tête dudit article la déclaration suivante:

Ce matériel éducatif est rendu disponible grâce à la courtoisie de Darryl Peterson et de Attention Deficit Disorder Resources, un organisme sans but lucratif qui a son siège social à Tacoma dans l'État de Washington et dont l'objectif est d'aider les personnes déficientes attentionnelles à réaliser leur plein potentiel. Notre abondante documentation ainsi que notre revue trimestrielle sont en vente à l'adresse suivante: ADD Resources, 223 Tacoma AveS, #100, Tacoma, WA. 98402. - Tél.: (253) 759-5085 - Courriel (en anglais): addresources@nventure.com - Site web: www.addresources.org. - Source francophone: le TDA des adultes.

Trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H)

William Collins a 35 ans. Marié trois fois, divorcé trois fois. Il a de la difficulté à garder un emploi. Irritable à la moindre peccadille, il perd les pédales facilement et est poussé à dire des choses susceptibles de lui attirer des ennuis. Avec les années, une telle irritabilité lui a déjà coûté 20 emplois et ses trois mariages. Ses colères l'ont parfois amené à s'en prendre à sa femme, et ses prises de bec avec ses patrons ne lui ont valu que d'être congédié. Il s'explique en disant que son travail ne l'enthousiasmait plus tellement, que ses patrons étaient des incompétents, et qu'il devait «partir».

De toute façon, à cause de ses difficultés à se concentrer et à établir des priorités dans les différentes tâches à accomplir, il n'a jamais vraiment été heureux au travail. Les gens devaient le ramener constamment à l'ordre car il oubliait facilement. Voilà pourquoi il n'apprenait pas grand-chose à l'école et s'y ennuyait à mourir. Ses professeurs croyaient qu'il était «lent», «paresseux» ou démotivé et prétendaient qu'une «piètre estime personnelle» était la cause de ses problèmes. Adolescent, Bill s'est mis à boire avec excès et à se droguer, et le seul moment où il en est arrivé à se sentir normal, c'est lorsque un copain lui a donné des «speeds» (des amphétamines).

Bill et ses conseillers scolaires blâmaient ses parents. Son père était un chômeur chronique et alcoolique alors que sa mère était toujours déprimée et souffrait régulièrement d'anxiété. Le psychothérapeute que Bill a consulté après son second divorce a confirmé sa tendance à blâmer ses parents prétendant que, étant «issu d'une famille dysfonctionnelle, Bill ne pourrait probablement jamais acquérir» des habiletés relationnelles appropriées.

À un certain moment, son psychothérapeute s'est demandé si la colère de Bill ne viendrait pas du fait qu'il aurait été victime d'abus sexuels à un si jeune âge qu'il ne pouvait plus s'en souvenir. Cependant, après cinq ans de thérapie analytique («cure par compréhension intellectuelle»!) et un travail intensif sur les rêves, il ne sentait aucune amélioration de ses attitudes et de ses comportements. Bill en est venu à croire que tel était son lot: la vie n'avait rien d'autre à lui offrir.

Les problèmes de Bill ne sont pas imputables à une «famille dysfonctionnelle» ni à des abus sexuels. Il a un désordre neurologique héréditaire dans les lobes frontaux du cerveau dont la cause probable serait une combinaison d'anoxie pré-natale et péri-natale, de traumatismes pré-nataux et péri-nataux, et de prédispositions génétiques. (NdÉ: il s'agit ici de spéculation car la recherche n'a pas encore démontré les causes du TDA.) Ainsi, un déséquilibre neurobiologique au niveau du néocortex crée de l'interférence dans les «fonctions exécutives» du cerveau affectant le fonctionnement efficace de ce dernier. Bill a un trouble de l'attention, un déficit d'attention de l'adulte avec hyperactivité (TDAH). Ironie du sort, il s'agit d'un trouble tout à fait traitable. Mais, parce qu'il n'a jamais été diagnostiqué, la première moitié de la vie de Bill a été gaspillée.

Bill n'est pas seul. On estime aujourd'hui que ce trouble affecte jusqu'à 15 millions d'Américains qui, comme lui, ont des problèmes connexes du fait que leur TDA/H n'est pas traité. Parmi les problèmes connexes, on retrouve une piètre estime personnelle, une angoisse et une torpeur existentielles, une vie hypothéquée, une moindre intelligence émotionnelle, des difficultés relationnelles et des problèmes conjugaux, une inaptitude parentale, une dépendance aux drogues ou aux médicaments et des échecs dans les tentatives de rétablissement, de la dépression, de l'anxiété, un syndrome de stress post-traumatique, un pessimisme et un négativisme profonds, des blessures «accidentelles» fréquentes, une fausse identité et une carrière instable (false-self/pseudo careers), des attitudes et des comportements de type 'A', des multitudes de projets inachevés, de nombreux changements d'emploi et des idéations suicidaires. Pire encore, ces «adultes», tant qu'ils ne se sont pas engagés à fond dans un mode de traitement multi-modal, ne transmettront à leurs enfants que la même suite de problèmes.

Se rendant compte enfin que les thérapies et le counseling matrimonial n'aboutissaient à rien, et malgré tous les soins curatifs et les examens médicaux antérieurs, Bill, en désespoir de cause, s'est adressé à son médecin de famille. Pessimiste, il l'était depuis son enfance car les examens antérieurs n'avaient été que purement physiques et surtout parce que son TDA/H non traité ne lui avait valu que des critiques négatives de la part de ses parents et de ses professeurs. Au cours de la vie adulte de Bill, le médecin qui ne traitait que des malaises purement physiques n'avait jamais eu l'idée d'explorer avec lui ses stratégies d'adaptation ou la possibilité de problèmes émotifs. Toutefois, lors d'une visite ultérieure, Bill a confronté son médecin avec une copie du livre Listening to Prozac par Peter Kramer, M.D., livre que Bill avait trouvé par hasard à sa pharmacie habituelle en allant se procurer sa provision de somnifères sans ordonnance. Au bout de cinq minutes, le médecin approuvait le diagnostic que Bill se faisait lui-même, c'est-à-dire une dysthymie chronique et prescrivait un essai avec le Prozac. Après trois semaines d'irritabilité accrue et de sommeil erratique (plus erratique encore qu'à l'habitude), Bill se sentait effectivement moins déprimé, mais le Prozac lui occasionnait une incapacité plus grande encore d'exprimer ses émotions et un désintéressement plus grand pour la sexualité. Sa femme le menaçait de divorcer, alors que son médecin lui conseillait d'être plus patient avec le Prozac, et les choses se sont détériorées encore davantage.

Le médecin de Bill s'est avéré incapable de cerner le coeur du problème, c'est-à-dire un TDA/H et le fait que ce dernier, n'étant pas traité, occasionnait et entretenait la dépression, l'irritabilité et les autres schèmes dysfonctionnels mentionnés plus haut, en plus de l'effritement de son mariage. Le médecin, ne «traitant» que les symptômes, ne faisait que aggraver le problème fondamental de Bill.

Son alcoolisme s'aggravant toujours, Bill a alors atterri dans un programme de désintoxication. Même là, les conseillers en toxicomanie, les psychologues, les psychiatres et autres médecins concernés, ou son parrain dans les AA, n'ont jamais exploré la possibilité d'un TDA/H. Après plusieurs mois de rétablissement progressif de son alcoolisme, Bill a entendu parler de moi par un de mes anciens clients, membre des AA. Après trente minutes lors de notre première rencontre, j'ai noté plusieurs des symptômes révélateurs d'un TDA/H dans l'histoire de Bill, dans son discours, dans ses schèmes de comportement et dans son langage corporel. Dans une entrevue extensive de deux heures, Bill, racontant sa vie, a procédé à une auto-évaluation de son TDA/H. Mes soupçons ont donc été confirmés. J'ai donné à Bill, pour lire chez lui, une volumineuse anthologie d'articles sur le TDA/H dont quelques articles concernant les toxicomanies, les attitudes et les comportements de type 'A', ainsi que des articles sur le travail et le mariage.

Trois jours plus tard, Bill me rappelle, enthousiaste, pour m'annoncer qu'il était tout à fait convaincu qu'un TDA/H était au coeur de son problème et qu'il avait maintenant l'impression de «s'être débarrassé d'un amas de toiles d'araignées accumulées au cours de ses 35 années d'existence.» Les propos de Bill font écho à ceux du docteur Edward Hallowell, célèbre co-auteur de Driven to Distraction:

«La chose à se rappeler est que, si on peut poser le diagnostic de façon sûre, on peut aussi faire disparaître en bonne partie tout ce qui était associé au TDA/H. Le diagnostic peut s'avérer grandement libérateur en particulier pour les hommes et les femmes qui se sont vus accoller toute leur vie des étiquettes comme: "paresseux", "entêtés", "tordus", "dérangés/ dérangeants", "pas endurables", "tyranniques", "lunatiques", "malades dans la tête", "débiles" ou tout simplement "méchants". Le diagnostic de TDA/H peut très bien transformer une cause de jugement moral en un cas de traitement neuropsychiatrique.»

J'ai référé Bill à un psychiatre «véritablement» spécialiste du TDA/H des adultes pour y subir un diagnostic clinique approfondi et un essai possible de médication. L'évaluation que j'avais faite du cas de Bill a été entièrement confirmée par le psychiatre. Bill suit maintenant de façon progressive et avec succès le programme multi-modal suivant:

  1. une médication (stimulant) pour le TDA/H;
  2. une psychothérapie cognitive avec un psychologue clinicien véritablement spécialiste du TDA/H des adultes;
  3. un suivi médical incluant un programme intégré de thérapie émotionnelle et physique (physical care with an integrative, emotional and physical wellness and healing medical doctor).
  4. des exercices aérobiques quotidiens;
  5. une supervision de son TDA/H (AD(H)D coaching);
  6. une consultation pour un mode de vie holistique (holistic lifestyle counseling); et
  7. un counseling en orientation afin d'entreprendre une carrière stimulante et donner un sens à sa vie, une thérapie transpersonnelle (a transpersonnal cause), et un métier permettant à Bill de tirer partie de ses aptitudes innées conjointement à son TDA/H et des talents dont il ignorait en bonne partie l'existence et que, par conséquent, il n'a jamais pu actualiser.

La femme de Bill a entrepris de se renseigner à propos du TDA/H et a renoncé au divorce. Les deux voient leur vie s'améliorer considérablement dans tous les domaines. L'histoire de Bill résume celle de milliers d'adultes ayant un TDA. Sous certains aspects, son histoire et ses schèmes de comportement peuvent ressembler aux vôtres ou à ceux de vos amis, d'êtres chers, de patients, de clients, ou de collègues. Dans ce cas, je vous incite à explorer la possibilité d'un diagnostic de TDA et de rechercher le meilleur traitement possible.

This article was written by Darryl Petersen, a career couselor and personal coach, who specializes in adults with ADD. You may call him at 510-284-9795. Professional fees apply.

Titre original: «An ADD Story, Sad, But Too Often True»
Traduction: GLM, janvier 1999


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Québec (Qué), Canada, décembre 2002.

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