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Le TDA des adultes:


S'il a surmonté son TDA à l'adolescence, alors...

Que fait-il dans ma prison?

par T.Dwaine McCallon, M.D.

FOCUS Archives: A select article from FOCUS,
Fall 1998, the newsletter of the ADDA

Depuis les années 1970, plusieurs journaux et revues ont publié des témoignages d'adultes qui avaient été DA/H pendant leur adolescence. On s'est inquiété de retrouver parmi eux un taux de comportements criminels plus élevé que dans un groupe contrôle d'adultes non-DA/H. Des gestes impulsifs, une piètre concentration et une grande distractibilité, surtout peu de considération pour les conséquences des gestes posés, font que les adolescents et les adultes DA/H sont à risque pour des activités criminelles.

Dans des tomographies du cerveau, on peut voir de façon spectaculaire comment naissent et se déroulent les activités cérébrales suite à l'hérédité de certains traits de personnalité et d'aptitudes à l'apprentissage. Même le profane a accès à ces découvertes électrisantes dans certaines émissions de télé (Discovery Documentaries et The Learning Channel).

Mais malgré cela, les professionnels de la santé et de l'éducation, ou même de la justice juvénile, sont peu ou pas informés de ce lien entre le TDA/H et la criminalité. Certains d'entre nous dans le domaine de la médecine correctionnelle savons cela depuis quelque temps déjà.

Il y a plus de quatre ans, dans l'État d'Utah où le docteur Paul H. Wender a été un pionnier dans la compréhension du TDA/H, a été menée une impressionnante étude: les DA/H ainsi que leurs proches évoluent toute leur vie dans des conditions pénibles qui ne sont pas «surmontées» à l'adolescence. Plusieurs d'entre eux ont eu un diagnostic de trouble bipolaire (maniaco-dépression). Tout comme dans notre propre observation, la plupart étaient très déprimés à leur arrivée en prison, ne comprenant pas comment leur vie avait pu prendre une telle tournure; et ils avaient eu pour la plupart des moments d'exubérance et de passage à l'acte caractéristiques du TDA/H. Les cliniciens qui avaient suivi ces hommes au cours des années ne pouvaient pas faire la différence entre le plus répandu des troubles d'apprentissage (le TDA\H) et le trouble bipolaire de leurs patients.

L'étude de l'Utah démontrait que environ 24% des détenus masculins étaient DA/H avec les caractéristiques cliniques habituelles. D'autres études et notre propre expérience nous amènent à croire que jusqu'à 40% de la clientèle d'une prison à sécurité moyenne s'inscrit dans le spectre du syndrome de Tourette/ TDA/H. Mis à part les criminels impulsifs non violents (ceux que j'appelle mes adorables voleurs de voiture et contrevenants de la circulation), ce pourcentage est encore plus élevé.

Il y a neuf ans, un travailleur social, un psychologue et moi-même, avons entrepris une étude informelle et un projet de traitement pour ces hommes qui constituent un sous-groupe important de notre clientèle carcérale. Notre projet était risqué d'un point de vue politique car nous savions que la médication était essentielle pour ce groupe de DA/H adultes. Si le TDA/H est à ce point incapacitant qu'il risque de faire aboutir la personne dans une prison isolée peuplée de plus de 1000 hommes, alors la réhabilitation est peu probable sans l'aide d'une médication. Les stimulants peuvent accroître grandement la capacité d'apprendre à apprendre, ils peuvent aider à développer la prudence et le jugement, et à acquérir un métier. Nous n'avons donc pas hésité à faire usage de Ritalin, de Cylert et d'une gamme de nouveaux médicaments (les ISRS*), pour accroître la capacité de concentration et la mémoire exécutive (processing memory) au point de départ d'une thérapie de verbalisation.

Naturellement, il a fallu exercer un contrôle sévère sur ces médicaments et établir également une entente contractuelle quant au comportement de chacun de nos patients. Notre programme a une durée de six mois à deux ans. Les patients reçoivent une quantité suffisante de médication pour 30 jours lors de leur libération conditionnelle et sont mis en contact avec des groupes de soutien, des conseillers ou des médecins qui sont familiers avec le TDA/H et qui comprennent la situation. On ne les relâche jamais avec seulement un nouvel habit, 100$ et un billet d'autobus! Les résultats nous ont étonnés et ce malgré l'expérience que nous avons dans le traitement du TDA/H. Bref, une fois leur programme complété, les sujets qui avaient rempli toutes les conditions ont eu un taux de récidive inférieur à 10% sur une période de deux ans, soit pour bris de conditions ou pour de nouvelles accusations criminelles (un seul cas), et ce dans un groupe de 41 libérations conditionnelles. Quel contraste avec le taux de récidive habituelle de 53-58% à l'échelle nationale! Plusieurs observations sont pour moi de nature dérangeantes. La grande majorité des hommes que nous avions diagnostiqués Tourette ou TDA/H avaient été traités alors qu'ils étaient enfants, mais le traitement ne s'était jamais prolongé au-delà de une ou deux années scolaires. Plus de la moitié d'entre eux s'étaient fait dire que, au-delà de leur adolescence, ils n'auraient plus besoin de traitement car ils surmonteraient leur TDA/H. Aucun de ceux que nous avons suivis n'avait eu de traitement dans sa vingtaine. Dix-huit pour cent avaient découvert que le crystal de la rue (une amphétamine) leur permettait de se calmer et de se concentrer. Vingt pour cent se consolaient de leur «cerveau mou» ou de leur «arriération mentale» dans la marijuana et l'héroïne.

Quatre sujets, qui sont encore en prison, ont appris à se concentrer en s'engageant dans des activités à risque ou en s'auto-médicamentant de leur propre adrénaline: ils se sont engagés, un dans des vols à mains armées, un à «mopper» un hôpital; et les deux autres, dans des accès de rage, ont commis des homicides multiples. Les quatre ont retrouvé leur concentration, ont entrepris des études collégiales, ont acquis un métier et sont conseillers auprès d'étudiants du secondaire. Deux sont artistes-peintres et deux sont musiciens. Ils retirent une certaine satisfaction du fait d'aider d'autres détenus à ne pas récidiver. C'est tout ce qu'il leur reste à faire dans le cours de leur sentence à vie.

Quitte à me répéter, j'ai entendu des parents attristés de s'être fait dire, eux-mêmes et leur garçon, qu'il s'agissait là d'un problème de caractère et qu'une discipline plus sévère corrigerait la situation. Plusieurs se sont fait dire, et on leur dit aujourd'hui encore, de ne pas s'inquiéter, que le temps arrangera bien les choses. La culpabilité qui est la leur, même s'ils ont suivi les conseils des «spécialistes» dans mon domaine ou dans celui de l'éducation, est indescriptible lorsqu'ils viennent visiter leur enfant en prison.

Un million sept cent dix mille Américains sont aujourd'hui derrière les barreaux, depuis la prison locale ou la prison d'État jusqu'aux pénitenciers fédéraux à sécurité maximum. Le plus haut taux d'incarcération pour une nation industrialisée s'est vu en Afrique du Sud, au temps de l'apartheid (3,2 pour mille). Les USA connaissent actuellement le double de ce pourcentage.

Voici donc mon message. Nous avons 600 000 détenus qui ont des raisons d'espérer pour peu que leur TDA/H soit traité. Rares sont les détenus qui ne souhaitent pas changer le cours de leur vie. Nous devons admettre que cette condition génétique (trouble d'apprentissage et de comportement) est tout à fait traitable. Nous devons continuer à la traiter et à intervenir avant que quelqu'un comme moi n'ait à traiter votre enfant «derrière les murs» ou derrière des clôtures surmontées de barbelés. Continuez de prendre la défense de votre enfant DA/H. La lutte contre le mépris de ceux qui n'y comprennent rien est de la petite bière comparé au fait de devoir rendre visite à votre fils ou votre fille en prison.

Confrontez votre médecin comme je l'ai fait récemment. Demandez-lui: «S'il a surmonté son TDA/H à l'adolescence, alors que fait-il dans ma prison?»

T. Dwaine McCallon, M.D.
directeur médical, Centre correctionnel Buena Vista,
Assistant médecin-chef,
Colorado Dept. of Corrections

© 1998 National Attention Deficit Disorder Association


Titre original: «If He Outgrew It, What Is He Doing in My Prison?»
Traduction: GLM, novembre 2002


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Québec (Qué), Canada, décembre 2002.

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