Le TDA des adultes -- www.pelerines.org/daa
Paris (France), dimanche 24 janvier 2004
Bonjour Monsieur,
Je vous écris de France (Paris) et j'ai lu avec le plus grand intérêt les informations qui figurent sur votre site, notamment votre histoire personnelle dans laquelle je me reconnais.
Je suis étiquetté schizoaffectif par les différents médecins psychiatres que j'ai pu consulter (et il y en a eu) qui sont pourtant impuissants à résoudre mes problèmes dont la ressemblance est si troublante avec les troubles de l'attention.
J'attends moi aussi un traitement à la ritaline qui m'a d'abord été refusé, le psychiatre prétextant que ce médicament ne ferait qu'exacerber mon humeur et accentuer ma dysphorie, s'appuyant sur un diagniostic de schizoaffectif dans lequel je ne me reconnais pas.
Par contre à l'âge de 30 ans je me reconnais dans quasi tous vos troubles ! J'ai essayé toutes formes de solutions médicamenteuses (neuroleptique, thymorégulateur, anticonvulsivant, lithium) sans aucun résultat : au contraire ils aggravent parfois mes troubles.
J'ai néanmoins rendez-vous dans quelques jours pour renégocier un premier essai à la ritaline et espère une réaction positive surtout compte tenu d'une anxiété permanente que je ne peux refréner et qui m'est très handicapante !
Merci d'avance. Bon courage à vous et bonne année/santé pour cette nouvelle année 2004, et merci pour votre site que je trouve vraiment très complet et convivial !
Ejanela, Paris (France), dimanche 24 janvier 2004
P.S. C'était une sonde, une hameçon... et j'ai mordu ! Sans regret...
Québec (Qué), mardi 27 janvier 2004
Ejanela,
Je ne peux que vous souhaiter bonne chance dans vos démarches. Je suis à faire l'essai du Ritalin depuis août 2003, Ritalin authentique au début, Ritalin générique par la suite. J'espère seulement que ce dernier n'est pas un placebo! J'ai connu trois bonnes journées de suite au tout début en août 2003, mais ça s'est arrêté là, tout est redevenu comme avant: fatigue, anxiété, nervosité, problèmes de concentration, de mémoire à court terme, oublis, distractions, etc. J'en suis à me demander s'il y a une différence entre le Rit authentique et le générique. C'est une question que je poserai à la dre Vincent le 8 mars prochain.
Il y a longtemps que j'ai entrepris cette démarche, depuis l'automne 1998. Auparavant j'avais survécu pendant 27 ans sans aucune pilule et j'en suis à me demander si je n'aurais pas dû laisser les choses comme elles étaient. La psychiatre est fort aimable, et jolie par surcroît! mais elle ne fait pas de miracle. Je finirai possiblement par accepter de vieillir avec mon problème sans aucune médication. Pour le moment, je souhaite prolonger l'expérience pendant quelque temps encore, jusqu'à l'automne peut-être.
Il y a une nouvelle médication qui est apparue récemment, le Concerta. Mais je ne sais vraiment plus quoi penser de tout cela. Entretemps, j'ai découvert les Schizophrenics Anonymous dont je suis en train de traduire certains textes. À défaut d'un traitement médical approprié qui n'existait pas il y a 30 ans, j'ai survécu grâce à un programme «spirituel» en 12 Étapes et 12 Traditions, principalement celui des Groupes familiaux Al-Anon (pour les familles et les amis des alcooliques) et aussi les Émotifs anonymes. Je sais que ces groupes existent également en France. Je dois beaucoup à ces groupes qui m'ont appris, un jour à la fois, la connaissance de soi, l'acception de soi, l'amour de soi et... rire de soi! En toute simplicité!
Quand je peux rire du vieux garçon que je vois dans mon miroir en me levant le matin, surtout quand je n'ai pas encore mis mes dentiers, alors les journées passent relativement bien malgré tout, dans la mesure où j'accepte mes limites de santé. Et c'est là toute la question.
Au cours de cette démarche, j'aurai au moins compris une chose qui aurait pourtant pu m'apparaître évidente bien avant aujourd'hui: l'hérédité, c'est comme la fatalité; à ce moment-ci encore, on n'y peut rien; je devrai faire avec. Et j'ai beaucoup appris aussi sur la ou les maladie(s) mentale(s), une ou plusieurs, elles se ressemblent tellement (à l'exception des hallucinations et des délires): les «troubles» anxieux, cognitifs (ou d'apprentissage), alimentaires, obsessionnels-compulsifs, du sommeil, du comportement, etc. Vraiment, trouvons une façon d'en rire!
Il y a à Québec un original et détraqué, dans la soixantaine, fort probablement schizophrène. Il s'est fabriqué un chapeau dans une grande boîte de carton brun gondolé sur lequel il a accroché toutes sortes de breloques: médailles, médaillons, brochettes, chaînettes, épinglettes, drapeau du Québec, du Canada, petites lumières clignotantes, etc. Il s'est procuré une flûte en plastique à un dollar dans un Dollorama. Il joue de la flûte à Place d'Youville et sur la rue Cartier, et des passants jettent ou déposent (c'est selon!) des pièces de monnaie dans son chapeau. Il ne souffre pas et ne fait pas souffrir. Il se rend bien compte qu'il est détraqué, mais il en rit et fait rire. La vie est belle! Je finirai peut-être par en faire autant. Qui sait?
Entretemps, j'ai commencé à m'impliquer quelque peu dans un organisme communautaire en santé mentale et je poursuis ainsi mon pèlerinage avec d'autres pèlerines et pèlerins qui font une démarche semblable à la mienne. Ensemble, nous allons vers quelque chose et il n'est pas toujours utile de savoir vers quoi. Je m'intéresse depuis peu à l'histoire de la folie au Québec et en Occident, l'histoire de la médecine et de la psychiatrie. C'est passionnant! (Je ne retiens pas grand-chose de ce que je lis sauf l'essentiel peut-être.) Je vous souhaite à vous aussi des lectures passionnantes. Continuez de vous documenter et donnez l'information à propos des Déficients attentionnels anonymes. En imprimant le document Les DAA pour en faire un cahier de groupe, vous aurez tout ce qu'il faut pour démarrer un goupe de Déficients attentionnels anonymes dans votre région. Petit à petit, l'idée fera son chemin.
Et puis, au jour le jour, les années passent. Tout passe et, puisque l'eau qui coule dans les rivières ne remonte pas, nous passerons de même. Autant en emporte le vent!
Salutations fraternelles,
Gulemo, Québec (Qué), mardi 27 janvier 2004.
Le TDA des adultes -- www.pelerines.org/daa
Québec (Qué), Canada, janvier 2004