«...D'un point de vue scientifique,
l'idée que le TDA/H n'existe pas est tout simplement fausse.»
- Consortium de 75 scientifiques internationaux.
Commentaire de Bob: En général, la couverture médiatique du trouble de déficit d'attention/ hyperactivité a souvent été biaisée; elle contenait des informations fausses et portait visiblement la marque des groupes anti-psychiatrie.
En réaction à cette fâcheuse tendance, le docteur Russell Barkley et 74 autres médecins et chercheurs renommés ont émis la déclaration suivante dont additudemag.com a reçu copie le 1er février 2002. ADDitude Magazine applaudit à la prise de position de ces professionnels qui contribuent ainsi à rétablir les faits.
Janvier 2002 - Nous, soussignés, membres d'un consortium de 75 scientifiques internationaux, sommes grandement préoccupés par la présentation inexacte qui est faite du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) dans les médias. Il s'agit d'un trouble avec lequel nous sommes tous très familiers et à propos duquel plusieurs d'entre nous avons consacré des articles scientifiques et parfois notre carrière entière. Nous craignons que des histoires truffées d'inexactitudes et présentant le TDA/H comme un mythe, une arnaque, ou une condition bénigne, peuvent faire en sorte que des milliers de personnes souffrant de ce trouble n'aient pas l'idée de se faire traiter. De plus, le public est ainsi induit à penser qu'il s'agit là d'un faux problème, d'un problème irréel ou d'une affliction anodine.
Nous en sommes venus à ce consensus sur le TDA/H dont nous souhaitons qu'il soit une référence quant au statut des découvertes scientifiques qui portent sur ce sujet. Nous souhaitons que soient reconnus à la fois la validité du TDA/H et son impact négatif dans la vie de ceux et celles qui sont ainsi diagnostiqués (janvier 2002).
Des reportages sur ce sujet propagent parfois l'information sous forme d'événement sportif où les compétiteurs sont tous égaux. Le point de vue d'une poignée de médecins non spécialistes affirmant que le TDA/H n'existe pas est mis sur le même pied que le point de vue scientifique officiel affirmant le contraire, comme si ces deux points de vue s'équivalaient. De telles comparaisons laissent au public l'impression que les scientifiques ne s'entendent pas entre eux quant à savoir si le TDA/H est un problème médical réel. Or, en fait, il n'y a pas de désaccord, pas plus qu'à propos de savoir si la cigarette cause le cancer ou si un virus est à l'origine du VIH/SIDA.
Le U.S. Surgeon General, l'Association des Médecins américains (AMA), l'Association des Psychiatres américains (APA), l'Académie américaine de psychiatrie des enfants et des adolescents (AACAP), l'Association des psychologues américains, et l'Académie des Pédiatres américains (AAP), entre autres, reconnaissent tous la validité du TDA/H. Bien que certaines de ces organisations aient émis des lignes directrices pour l'évaluation et la gestion du TDA/H pour leur clientèle, le présent consensus est le premier à être émis par un consortium indépendant de chefs de file parmi les scientifiques visant à définir le statut du TDA/H. Parmi les scientifiques qui y ont consacré de nombreuses années, parfois leur carrière entière, il n'y a pas de controverse à propos de l'existence du TDA/H.
On ne le dira jamais assez: d'un point de vue scientifique, l'idée que le TDA/H n'existe pas est tout simplement fausse. Les principales associations médicales et les principales agences gouvernementales de santé s'entendent sur ce point: le TDA/H est un trouble véritable car toutes les preuves scientifiques à ce jour abondent dans ce sens.
De nombreuses approches ont été utilisées pour déterminer si une condition donnée peut s'avérer un problème médical ou psychiatrique. Une de ces approches, fort utile par ailleurs, stipule que des preuves scientifiquement établies sont nécessaires pour affirmer que les personnes souffrant d'une telle condition ont une sérieuse déficience d'un mécanisme physique ou psychologique, lequel mécanisme est universel, c'est-à-dire qu'on le retrouve chez tous les êtres humains et qu'on s'attend à ce que tous les humains normalement constitués aient cette habilité mentale.
De plus, il faut une preuve scientifique irréfutable que cette déficience sérieuse cause du tort à certains individus, ce tort étant défini par une mortalité, une morbidité, ou une incapacité plus grande que la moyenne et ce dans les principaux domaines de l'activité humaine et à tous les niveaux de développement. Les principaux domaines de l'activité humaine sont l'éducation, les relations humaines en général, la vie familiale, l'autonomie et l'auto-suffisance, et le marché du travail, là où tous les humains, au même stade de développement, sont sensés se réaliser.
Tel que certifié par les nombreux scientifiques qui ont signé le présent document, il n'y a aucun doute parmi les chercheurs et les cliniciens que le TDA/H comporte une déficience d'un ensemble d'habiletés psychologiques et que lesdites déficiences causent un tort sérieux à la plupart des personnes qui en sont affligées. Tout indique à ce moment-ci que des déficits dans l'inhibition des comportements et la concentration soutenue sont au coeur même de ce trouble; des centaines d'études scientifiques le prouvent. Il n'y a aucun doute que le TDA/H affecte la plupart des activités quotidiennes, les relations humaines, l'éducation, la vie familiale, l'emploi, l'auto-suffisance et l'adhésion à des règles, des normes ou des lois sociales. Il est également bien démontré que les personnes DA/H sont davantage sujettes aux blessures et empoisonnements accidentels. C'est pourquoi aucun médecin, psychologue ou scientifique sérieux ne doute de l'existence légitime du TDA/H.
Les principaux déficits du TDA/H ont été reliés à des régions du cerveau (entre autres, le lobe frontal, ses connections avec les ganglions de la base, et leurs liens respectifs avec le cérébellum). Des études neurologiques mettent en évidence que les personnes DA/H ont des activités électriques moindres et démontrent une moindre réactivité aux stimuli dans l'une ou plusieurs de ces régions. Des études d'imagerie cérébrale de groupes de personnes DA/H démontrent également que certaines régions du cerveau sont moins grandes chez ces personnes et que les activités métaboliques sont moins grandes dans ces régions comparativement à des groupes de contrôle.
Ces mêmes déficits psychologiques de l'inhibition et de la concentration ont été répertoriés dans de nombreuses études portant sur des jumeaux identiques ou fraternels menées dans de nombreux pays (États-Unis, Grande-Bretagne, Norvège, Australie, etc.) et semblent être héréditaires. L'apport génétique de ces traits de caractère est au niveau le plus élevé parmi les troubles psychiatriques (hérédité de 70 à 95%), soit presque l'équivalent de l'hérédité de la taille humaine. On a démontré de manière sûre récemment qu'un gène pouvait être associé à ce trouble et plus de 12 équipes de scientifiques à travers le monde poursuivent simultanément cette recherche.
De nombreuses études portant sur des jumeaux tendent à démontrer que l'environnement familial ne contribue que peu à l'apparition de ces traits de caractère. Cela ne veut pas dire que l'environnement familial, les compétences parentales, les événements stressants, ou les relations déviantes avec les pairs n'ont pas, ou ont peu, d'importance ou d'influence pour les personnes ayant un TDA/H. Bien au contraire, les tendances génétiques se manifestent en contact avec l'environnement. De plus les personnes DA/H ont souvent d'autres troubles ou problèmes associés dont certains sont clairement reliés au contexte social. Cela signifie que les déficits psychologiques qui accompagnent le TDA/H ne sont pas uniquement et principalement le résultat de facteurs environnementaux.
Voilà pourquoi des scientifiques internationaux de renommée, tels que les signataires ci-dessous, confirment les preuves de plus en plus nombreuses d'un facteur neurologique et génétique dans le TDA/H. Cette évidence, ajoutée à de nombreuses études portant sur le tort causé par le TDA/H, et d'autres centaines d'études portant sur l'efficacité de la médication, renforcent la nécessité, peut-être pas dans tous les cas mais dans la plupart des cas, de gérer ce problème par de multiples thérapies: thérapie médicamenteuse, éducationnelle, familiale et autres accommodations sociales. Voilà qui contraste énormément avec les points de vue anti-scientifiques de certains critiques sociaux dans les journaux et périodiques, à savoir que le TDA/H est une arnaque, que la médicalisation de ceux qui en sont affligés est discutable et répréhensible, et que tout problème de comportement en rapport avec le TDA/H ne résulte que de la famille, de trop nombreuses heures passées devant la télé ou les jeux vidéos, de l'alimentation, d'un manque d'amour ou d'attention, ou de l'intolérance des enseignants.
Le TDA/H n'est pas un trouble bénin. Pour ceux qui en sont affligés, le TDA/H peut causer de graves problèmes. De nombreux suivis cliniques suggèrent que les personnes souffrant d'un TDA/H sont beaucoup plus susceptibles que les gens normaux d'abandonner l'école (32-40%), de ne jamais compléter d'études collégiales (à peine 5-10%), d'avoir peu ou pas d'amis (50-70%), de sous-performer au travail (70-80%), de se tourner vers la délinquance (40-50%), de faire usage de nicotine et de drogues davantage que la moyenne. En outre, les enfants qui ont grandi avec un TDA/H sont plus sujets à des grossesses d'adolescente (40%), à des MTS (16%), à des excès de vitesse et à de nombreux accidents de la route, à la dépression (20-30%), aux troubles de personnalité des adultes (18-25%), et à mal gérer leur vie ou de mettre leur vie en danger.
Et pourtant, malgré toutes les implications de ce trouble, des études indiquent que à peine 50% des personnes concernées reçoivent un traitement. Les médias peuvent contribuer considérablement à améliorer cette situation en présentant le TDA/H, et ce qu'on en sait à ce moment-ci, de la façon la plus exacte et la plus responsable possible. Ils ne doivent pas nourir la propagande de quelque critique social ou de quelque pseudo-médecin dont l'agenda politique vise à faire croire au public que le TDA/H est un faux problème. Faire croire que le TDA/H est un problème fictif, ou tout simplement un conflit entre les Huckleberry Finn et ceux qui s'en pré-occupent, équivaut à déclarer que la terre est plate, que les lois de la gravitation sont discutables, et que la table des éléments chimiques est une arnaque. Le TDA/H devrait être dépeint dans les médias de façon aussi réaliste et exacte que par la science, c'est-à-dire comme un problème réel aux conséquences négatives multiples et non négligeables pour ceux qui en sont affligés, et ce sans qu'il y ait faute de la part des personnes concernées, ni de la part des parents, ni de la part des enseignants.
En toute sincérité,
Russell A. Barkley, Ph.D. | Edwin H. Cook, Jr., M.D. |
Mina Dulcan, M.D. | Susan Campbell, Ph.D. |
Margot Prior, Ph.D. | Marc Atkins, Ph.D. |
Christopher Gillberg, M.D. | Mary Solanto-Gardner, Ph.D. |
Jeffrey Halperin, Ph.D. | Jose J. Bauermeister, Ph.D. |
Steven R. Pliszka, M.D. | Mark A. Stein, Ph.D. |
John S. Werry, M.D. | Joseph Sergeant, Ph.D. |
Ronald T. Brown, Ph.D. | Alan Zametkin, M.D. |
Arthur D. Anastopoulos, Ph.D. | James J. McGough, M.D. |
George J. DuPaul, Ph.D. | Stephen V. Faraone, Ph.D. |
Florence Levy, M.D. | Mariellen Fischer, Ph.D. |
Joseph Biederman, M.D. | Cynthia Hartung, Ph.D. |
Stephen Houghton, Ph.D. | Gabrielle Carlson, M.D. |
Charlotte Johnston, Ph.D. | Thomas Spencer, M.D. |
Thomas Joiner, Ph.D. | Rosemary Tannock, Ph.D. |
Adele Diamond, Ph.D. | Carol Whalen, Ph.D. |
Stephen P. Hinshaw, Ph.D. | Herbert Quay, Ph.D. |
John Piacentini, Ph.D. | Philip Firestone, Ph.D. |
Salvatore Mannuzza, M.D. | Howard Abikoff, Ph.D. |
Keith McBurnett, Ph.D. | Linda Pfiffner, Ph.D. |
Oscar Bukstein, M.D. | Ken C. Winters, Ph.D. |
Michelle DeKlyen, Ph.D. | Lily Hechtman M.D. F.R.C.P. |
Caryn Carlson, Ph.D. | Donald R. Lynam, Ph.D. |
Patrick H. Tolan Ph.D. | Jan Loney, Ph.D. |
Harold S. Koplewicz,M.D. | Richard Milich, Ph.D. |
Laurence Greenhill, M.D. | Eric J. Mash, Ph.D. |
Russell Schachar, M.D. | Eric Taylor |
Betsy Hoza, Ph.D. | Mark. D. Rapport, Ph.D. |
Bruce Pennington, Ph.D. | Anita Thapar MB BCh, MRCPsych, PhD |
Ann Teeter, Ph.D. | Stephen Shapiro, Ph.D. |
Avi Sadeh, D.Sc | Bennett L. Leventhal, M.D. |
Hector R. Bird, M.D. | Carl E. Paternite, Ph.D. |
Mary A. Fristad, PhD, ABPP | Brooke Molina, Ph.D. |
Sheila Eyberg, PhD, ABPP | Rob McGee,PhD |
Terri L. Shelton, Ph.D. | Steven W. Evans, Ph.D. |
Sandra K. Loo, Ph.D. | William Pelham, Jr., Ph.D. |
J. Bart Hodgens, Ph.D. | Terje Sagvolden, Ph.D. |
Thomas E. Brown, Ph.D. | Daniel F. Connor, M.D. |
Daniel A. Waschbusch, Ph.D. | Kevin R. Murphy, Ph.D. |
Michael Aman, Ph.D. | Blythe Corbett, Ph.D. |
Deborah L. Anderson, Ph.D. | Lisa L. Weyandt, Ph.D. |
Michael Gordon, Ph.D. | Lawrence Lewandowski, Ph.D. |
Erik Willcutt, Ph.D. | Thomas M. Lock, M.D. |
Copyright © 2002 by Kluwer Academic/Plenum Publishing Co. Reprinted with permission. |
Titre original: «International Consensus Statement on ADHD»
Traduction: GLM, novembre 2002
Voir aussi: National Institutes of Health - Diagnosis and Treatment of Attention Deficit Hyperactivity Disorder - Consensus Development Conference Statement - November 16-18, 1998
Québec (Qué), Canada, décembre 2002.
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